L'idée innovante


A la base de toute création d'entreprise, il y a une idée d'activité économique !
Cette idée peut consister simplement à saisir une bonne opportunité commerciale sur un marché banal ou, à l'opposé, à inventer et exploiter un nouveau produit ou procédé révolutionnaire et médiatisé !

Une chose est sûre : aucun type d'idée n'a jamais prouvé sa supériorité sur un autre dans le domaine de la création d'entreprise.
Par contre, l'idée innovante présente des spécificités qui méritent que l'on s'y attarde quelque peu.

 


  Quelques explications préalables


Tout d'abord, une idée innovante, comme tout idée en soi, ne peut faire l'objet d'une protection juridique. Ce n'est que son application concrète qui permettra de faire une demande de brevet ou de certificat d'usage ou de procéder à un dépôt de dessin ou de modèle. Dés le début de son parcours, le porteur d'une idée innovante doit se préoccuper de se protéger, dans la mesure du possible, de tout risque de piratage, au besoin en recourant aux conseils d'experts spécialisés dans l'innovation.

Innovation, invention, nouvelles technologies... Que recouvre exactement cette notion d'innovation ? Comment déterminer si une idée est innovante ?
Dans "innovation", il y a le mot  "novateur" et donc  "nouveau". Une entreprise sera donc innovante si elle met sur le marché un produit , un service ou un procédé nouveau (voire si elle est créée à partir d'une réelle innovation organisationnelle).

Un produit nouveau : il s'agira de la mise au point et de la commercialisation d'un produit qui n'existait pas auparavant ou qui présente des caractéristiques le rendant nettement plus performant, plus attrayant, plus original que celui existant. Tout le problème réside alors dans le fait de savoir s'il répond réellement à un véritable besoin pour lequel les utilisateurs seront prêts à en payer le juste prix ou si l'amélioration apportée est suffisante pour convaincre les consommateurs de changer leur habitude d'achat.


Un service nouveau : dans ce cas, il sera question d'un savoir-faire ou d'un concept s'appuyant sur des éléments d'offres déjà existantes qui, dans la plupart des cas, sera facilement copiable (sauf à mettre en œuvre une technologie nouvelle spécifique). L'enjeu sera alors de pénétrer le plus rapidement possible le marché pour devenir la référence.


Un procédé nouveau : il s'agira de la mise au point de méthodes de production ou de distribution nouvelles ou notablement améliorées.
Les nouvelles technologies représentent une part importante des innovations de procédé. Mais une entreprise créée dans ce domaine ne sera considérée comme innovante que si elle prend le contre-pied d'un comportement établi.
Par exemple : une entreprise qui diffuse une revue en ligne sur Internet ne sera pas forcément innovante. Par contre, s'il s'agit d'une revue écrite dans différentes langues avec un contenu différencié selon le type de clientèle, le critère d'innovation pourra être reconnu.
Un procédé technologique nouveau peut concerner énormément d'applications, la difficulté sera de déterminer une stratégie marketing bien adaptée aux moyens limités d'une création d'entreprise pour bien choisir les marchés à conquérir en priorité.

Les innovations peuvent également être classées en trois catégories : les innovations ex nihilo, les innovations "radicales" et les innovations "incrémentales" :

 L'innovation ex nihilo apporte une nouveauté absolue, il n'y avait rien avant elle (exemples : le pense-bête Post-It ou le tourisme spatial avec l'avion-fusée SpaceShipOne)
. Selon le besoin plus ou moins latent auquel elle répond, la réaction du marché peut être longue à venir.

 L'innovation radicale crée une rupture par rapport à l'existant (exemple : le DVD face à la cassette-vidéo). Cette rupture peut être récompensée par une prise de marché notoire, d'autant plus que les règles du jeu sur le marché en question sont connues, même si elles peuvent évoluer à cette occasion.

 L
'innovation incrémentale se définit à une plus petite échelle et consiste, seulement, à améliorer de manière sensible un produit ou un service existant. La réussite sera dans le différentiel (performance/qualité/prix) entre l'existant et le nouveau.


  Les enjeux et les risques de l'innovation


L'innovation crée souvent une "rupture" notamment dans le cadre de la conception et de la distribution des produits.
Aussi, présente-t-elle des risques particuliers tenant à la réticence de certains fabricants et distributeurs ainsi qu'à l'attitude des consommateurs finaux qui ne se trouvent pas toujours "prêts" pour accueillir favorablement un changement, et ce pour différentes raisons :
- un prix de vente parfois inadéquat,
- une mauvaise présentation ou explication du produit,
- une mauvaise diffusion du produit,
- un "différentiel d'utilité" insuffisant par rapport aux produits existants,
- un encombrement, une utilisation peu pratique, voire un aspect esthétique inapproprié...
- une réticence psychologique (frein, blocage,..)
- un changement d'habitude trop important,
- etc.

Ces critères compliquent énormément l'analyse de faisabilité technique autant que commerciale du produit innovant.
De toute évidence, plus le créateur-innovateur connaîtra au préalable ses clients potentiels (leurs attentes), les fabricants (leurs contraintes techniques), les distributeurs (leurs exigences) plus il aura de chances de réussir !


 
L'idée, l'invention et les questions à se poser


Pour concrétiser et rendre lucrative une idée innovante, il faut passer par un certain nombre d'étapes obligées. Penser que son idée puisse être facilement achetée par un grand groupe industriel relève souvent de l'utopie !

Tout créateur trouvant une idée ingénieuse pense généralement être le seul à l'avoir trouvée. Cela est rarement le cas. Dans notre quotidien, nous nous trouvons confrontés à un ensemble de contraintes, de blocages, d'empêchements que la nature humaine essaye de contourner.

A un bouchon qui ne s'ouvre pas, à des skis que l'on ne peut pas transporter, à une voiture recouverte de givre le matin, des femmes et des hommes "ingénieux" trouveront, plus ou moins au même moment,"une idée, un concept pour remédier au problème".
Certains pousseront leur idée plus loin, mais avant qu'elle devienne réalité, ils devront redoubler de travail et d'opiniâtreté.

Pourquoi est-il difficile de se faire acheter son idée ? Parce que les coûts et les risques inhérents à l'exploitation d'une idée innovante sont souvent jugés trop importants. Une idée, une invention n'a de valeur pour une entreprise que si elle peut déboucher sur un produit et sur la commercialisation de celui-ci permettant une rentabilisation suffisante !

Une étude, réalisée auprès de structures appuyant l'innovation au Canada, démontre que sur 100 idées émises et proposées par des innovateurs :
- 85 seraient rapidement évacuées, car ne présentant pas de gages suffisants de réussite,
- sur les 15 restantes, 5 seraient exploitables,
- enfin, une seule serait susceptible d'être lucrative !


 Les questions majeures à se poser :


1) L'idée a-t-elle déjà été trouvée et développée ?


a)
Si l'intéressé connaît le secteur d'activité concerné par sa " trouvaille ", il doit alors :
- repérer les produits existants avec toutes leurs variantes. Sa veille technologique lui permettra de trouver les produits, les services proposés sur le marché ; ceux qui pourraient s'avérer comme des concurrents indirects ; ceux qui "marchent bien" et ceux dont les ventes sont difficiles, ...
- identifier les fabricants et leur poids sur le marché,
- lire des revues spécialisées, profiter des salons pour rencontrer des professionnels, effectuer des recherches sur internet, ...
- rechercher auprès de l'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) l'existence de brevets pouvant traiter de son innovation,
- réaliser une enquête poussée auprès des commerciaux du secteur considéré.

La somme des informations ainsi recueillies lui permettra de mieux cerner le réalisme de son idée ainsi que son premier positionnement (choix stratégique pour lui donner une image originale qui le distinguerait nettement de celui des concurrents) dans le secteur marchand considéré.
La difficulté de cette phase consistera à ne pas trop dévoiler cette "idée-invention".

b) Si l'inventeur n'est pas du métier, sa démarche sera plus longue et plus complexe car il devra, dans un premier temps, bien comprendre les spécificités du secteur économique dans lequel s'inscrit cette fameuse invention. Il devra donc préalablement rassembler de la documentation sur ce secteur et rechercher un ou plusieurs professionnels susceptibles de lui expliquer en profondeur les règles du jeu.

Ce travail de vérification est très important car il permettra au créateur d'être beaucoup plus crédible et mieux écouté lorsqu'il s'adressera à ses futurs interlocuteurs.


2) Puis-je réellement exploiter cette idée par moi-même ?


L'aveuglement guette le porteur d'une idée très innovante. Souvent obnubilé par son trait de génie, il ne peut pas imaginer, un seul instant, que son idée, si séduisante soit-elle, pourrait ne pas avoir de débouchés économiques, ou bien que son idée pourrait ne pas apporter une amélioration suffisante par rapport à l'existant, ou bien que sa solution pourrait être trop chère par rapport aux solutions moins performantes déjà utilisées ou bien encore trop coûteuse dans l'absolu pour y recourir. Ensuite, il ne soupçonne pas toujours le parcours difficile, long et coûteux que représente la création d'une entreprise innovante, qui plus est quand celle-ci doit déboucher sur des marchés importants nécessitant de réunir de gros moyens ou provoquer des affrontements avec des grands opérateurs.

Il faut donc très vite et avec beaucoup de lucidité qu'il se pose de façon approfondie cette question quant à l'opportunité de créer lui-même une entreprise ou de céder ou concéder son idée en accordant une licence d'exploitation.


3) L'idée sera-t-elle susceptible d'intéresser un industriel ?


Pour répondre à cette question, le créateur-innovateur devra consolider son idée :
- en agrégeant toutes les informations récoltées sur le secteur,
- en essayant de déterminer un premier positionnement du produit et une première valeur de vente,
- en réfléchissant à la forme, au design et au "packaging" éventuels,
- en concevant lui-même le press-book présentant son produit pré-ébauché,
- en réalisant, si possible, des premiers tests et en déterminant ainsi les axes forts du produit qui favoriseraient les ventes.

De la même manière, il tentera d'abaisser les niveaux d'incertitude existants en traitant les points sombres sur lesquels il butte, les éléments sur lesquels les professionnels ne sauraient pas répondre eux-mêmes.

4) L'idée captera-t-elle un marché suffisant, accessible et solvable ?

Ce marché permettra-t-il de rentabiliser les coûts de développement, de production, de commercialisation qui devront inévitablement être engagés ? Tout industriel approché se posera la question. Le créateur devra donc bien préparer des éléments de réponse.

La première tâche consiste à identifier l'utilisateur potentiel et le prix "psychologique" que celui-ci serait prêt à payer pour acquérir ce produit. Cette étape, sans être une étude de marché, présente une difficulté certaine car elle traite d'un marché inconnu ou peu connu.

Il est bon que le créateur réalise lui-même cette première enquête auprès d'utilisateurs potentiels car elle lui permettra de percevoir des choses que lui seul peut ressentir et par la même occasion il pourra affiner son argumentaire.


  Conclusion


Dans un projet innovant, aux risques habituels de toute création d'entreprise s'ajoutent concomitamment ceux de mise en œuvre de l'innovation.

Toutefois, la notion d'innovation est très large. Elle peut aller de la simple amélioration/adaptation/transposition ingénieuse d'une offre existante à la création ex nihilo d'un produit/service/procédé totalement révolutionnaire. De ce fait, selon le cas, les risques supplémentaires peuvent plus porter sur la dimension personnelle du créateur (incapacité à tout maîtriser ou dissension dans l'équipe fondatrice, etc…) ou sur le risque technologique (envol des coûts, retard catastrophique, fiabilité non atteinte, etc.) ou sur la réaction du marché (réponse trop lente, insuffisante, etc.) ou sur la réaction des concurrents (obstruction, copieurs puissants, etc…) ou sur le développement intrinsèque de l'entreprise (croissance effrénée non maîtrisée, etc.).

Plus que jamais, le développement d'une entreprise innovante nécessite que le créateur recourre aux structures de conseils et d'accompagnement adéquates : incubateur, centre européen d'entreprise et d'innovation, technopole, pépinière, etc.


Janvier 2007

Ivention
Cet exposé est des plus clairs. Il fait comprendre a tout inventeur - surtout pour des produits totalement nouveaux - il n'est pas facile de percer.
Posté par rosalie kubukubu, 06/09/2007 01:40
Accompagnement et financement d'OSEO innovation
OSEO innovation accompagne le créateur tant du point de vue de la propriété industrielle, avec l'INPI, que de la mise en oeuvre et du financement. Avec des expertises à l'appui, une aide financière à l'innovation, et un service de mise en relation avec les compétences complémentaires adéquates (labos...) et sources de financement.
Posté par Sylvie (http://www.oseo.fr), 06/10/2007 21:02
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