Témoignages
Devenir business angel : une opportunité pour les femmes managers
Béatrice Jauffrineau
http://www.femmesbusinessangels.org
CV : Consultante en management de PME et accompagnement d'entrepreneurs, Béatrice Jauffrineau a lancé en mai 2003 le réseau "Femmes Business Angels", dont elle est aujourd'hui présidente d'honneur.
Cette association, membre de France Angels, est actuellement présidée par Agnès Fourcade et regroupe 70 investisseuses.
Interview :
Vous êtes à l'origine de la création de "Femmes Business Angels". Quelle est la vocation de ce réseau ?
Ce réseau a pour vocation de favoriser la création d'entreprises innovantes en mettant en relation des porteurs de projets avec des femmes business angels. Au-delà, de cet objectif général, notre souhait est de :
- contribuer à changer l'image des business angels, en construisant un réseau autour de valeurs féminines,
- promouvoir les femmes dans la vie économique en leur donnant un pouvoir d'influence plus important que ce qu'elles peuvent trouver aujourd'hui dans la plupart des entreprises,
- faire prendre conscience aux femmes managers qu'elles sont concernées par le phénomène des business angels,
- et enfin leur permettre d'acquérir une expérience dans ce domaine.
Trop de femmes perçoivent encore les business angels comme des personnes qui ne recherchent qu'une seule chose : un retour rapide sur investissement. Cela les freine à franchir le pas, alors qu'en réalité, il y a dans cette activité une composante "coaching" qui leur correspond bien. En investissant dans une entreprise en création, elles n'apportent pas uniquement de l'argent, mais également leur expérience, leur expertise sectorielle et fonctionnelle, leur réseau relationnel et leur soutien moral au jeune entrepreneur.
Qu'est-ce qui vous a poussée à créer ce réseau ?
Mon parcours professionnel m'ayant amenée à beaucoup voyager et à séjourner à l'étranger, j'ai constaté que le capital risque était très présent dans les pays anglo-saxons et sous-développé en France. J'ai alors ressenti le besoin de faire quelque chose, d'apporter ma pierre.
Lors d'un colloque organisé par France Angels, j'ai pris conscience que les femmes étaient absentes du paysage (elles représentent environ 3 à 5 % des business angels) et qu'il devenait urgent de les sensibiliser. J'ai suivi une formation d'animateur de réseau de business angels organisée par France Angels et lancé, dans la foulée, avec une équipe d'anciennes HEC (dont je fais partie) et le soutien du Conseil régional d'Ile-de-France, le premier réseau de femmes business angels en Europe.
Quel est le profil des femmes qui composent votre réseau ?
Il n'y a pas un "profil type" de femmes business angels. Nous venons toutes d'horizons divers avec des compétences complémentaires et une particularité qui nous différencie des autres business angels : nous sommes toutes en activité.
Quels types de projet financez-vous ?
Tous types de projets dès l'instant où ils ont un caractère novateur (technologique ou non), et qu'ils se situent dans une perspective de développement rapide. Nous attachons une grande importance à leur utilité, aux besoins qu'ils sont susceptibles de satisfaire.
Environ 30 % des projets financés par des membres de Femmes Business Angels concernent les services et l'e-commerce, 25 % les nouvelles technologies, 17 % les médias et 15 % les secteurs santé-beauté.
A titre d'exemples, nous avons investi dans des projets très divers : édition de logiciels, lancement d'un magazine à destination des femmes de plus de 50 ans, création de jeux ludo-préventifs pour enfants et adolescents, mise en place de services à destination des PME en matière de télécommunications, plusieurs projets web 2.0, …
Favorisez-vous les projets portés par des femmes ?
Pas vraiment. Le point essentiel pour nous est surtout le potentiel du projet, sa cohérence et ses perspectives de développement. Ce potentiel repose pour beaucoup sur la personnalité du créateur ou de l'équipe qui présente le projet. Il est néanmoins vrai qu'en tant que femmes business angels, nous sommes particulièrement intéressées, attirées par les projets portés par des femmes. Ce sont ceux dont nos investisseuses se sentent naturellement plus proches. D'ailleurs 30 à 40 % de projets que nous finançons sont portés par des femmes. C'est beaucoup, car la proportion de projets à fort potentiel de développement provenant de femmes est, en règle générale, de l'ordre de 10 %.
Quel est le montant moyen investi par les femmes business angels ?
C'est très variable. Tout dépend naturellement de la capacité financière des personnes, de leur profil et également de leur expérience. Certaines femmes - trop rares - investissent 50 000 à 100 000 euros dans un seul projet, pour lequel elles ont un coup de cœur. D'autres préfèrent investir des petites sommes dans plusieurs entreprises et limiter ainsi les risques. Certaines, pour qui c'était la première expérience, se sont limitées à 5 000 euros. Nous rencontrons tous les cas de figure mais la moyenne tourne autour de 20 000 euros par personne et par projet.
Comment fonctionne votre association ?
Les porteurs de projets saisissent leur dossier directement sur notre site internet. La direction du réseau présélectionne certains projets et les transmet à un comité qui étudie leur viabilité et leur potentiel.
Les projets retenus sont ensuite convoqués pour une séance de "pitch", devant un comité restreint. A la suite de cette séance de "pitch", environ la moitié des candidats sont invités à participer à la séance plénière, qui a lieu une fois par mois. Ils présentent alors leur projet directement devant les business angels, qui décident ou non d'investir.
Pouvez-vous nous en dire plus au sujet du "pitch" ? En quoi cela consiste-t-il ?
Le "pitch" est l'accroche qui va permettre à l'entrepreneur de séduire un investisseur en présentant son projet de façon très rapide - trois ou quatre minutes tout au plus. Le terme original est celui d'"elevator pitch". C'est un concept qui nous vient des Etats-Unis : imaginez qu'un porteur de projet se trouve dans un ascenseur avec un investisseur potentiel, il doit réussir à le séduire, à l'accrocher, avant que les portes ne s'ouvrent, et que l'investisseur ne disparaisse.
Il s'agit donc pour le porteur de projet de résumer son business plan en quelques phrases, en ne mentionnant que les informations pertinentes. Les détails seront mis à la disposition de l'investisseur dans un second temps, l'important étant de retenir son intérêt en lui permettant de prendre une décision très vite. C'est un exercice très difficile, car il faut faire très court, aller à l'essentiel.
Les porteurs de projets négligent souvent cette dimension de leur projet, c'est dommage. Dans de nombreux cas, des projets présentés devant des business angels auraient pu être financés s'ils avaient été mieux présentés. L'entrepreneur ne doit pas oublier qu'il n'a souvent qu'une seule chance de convaincre : s'il la laisse passer, elle ne se représentera plus !
Comment les créateurs peuvent-ils optimiser cette présentation de leur projet devant des investisseurs ?
Les porteurs de projet doivent d'abord mesurer pleinement l'importance de ces aspects de communication. Ils nous sont moins naturels en France que dans les pays anglo-saxons, où l'on sait mieux communiquer. Le créateur qui présente son projet devant des business angels est souvent bien trop focalisé sur son produit, il a tendance à oublier que l'intérêt de ses interlocuteurs est de décider s'ils vont investir ou non.
Ensuite, il est nécessaire de se préparer à l'exercice très particulier de la présentation du projet aux investisseurs. C'est notamment ce que je propose dans le cadre de mon activité de consultante. J'appuie le porteur de projet dans la mise en forme de son idée, dans la sélection des éléments les plus pertinents, dans la préparation des "slides" qui soutiendront la présentation. L'intérêt de ma démarche réside dans le fait que j'ai une bonne connaissance des éléments décisifs aux yeux d'un financeur : j'ai vu passer plus de 300 projets en séances de pitch, et je suis aussi investisseuse moi-même. Pour le porteur de projet, cette démarche est très utile et il pourra réutiliser ces acquis devant d'autres interlocuteurs : banquier, un partenaire commercial, etc.
Enfin quels conseils donneriez-vous aux porteurs de projet innovants qui vous sollicitent ?
Je leur donnerais quatre conseils qui me paraissent essentiels :
1) Soignez votre business plan, en insistant sur l'aspect novateur du produit et ou du service et surtout sur le "marché". C'est l'élément qui compte le plus pour nous. Les projections financières représentent la suite logique de tout ce qui précède.
2) Présentez votre projet de manière attractive, en deux à quatre pages maximum, avec une "accroche". Nous recevons beaucoup de dossiers et disposons de très peu de temps. Nous devons donc comprendre très rapidement de quoi il s'agit.
3) Si possible, présentez-vous en équipe (2 ou 3 personnes) en faisant en sorte que l'on identifie bien votre complémentarité et le rôle de chacun dans l'entreprise. C'est généralement rassurant pour un investisseur.
4) Et pour les femmes : ayez confiance en vous ! Si vous avez une idée et que vous y croyez, allez jusqu'au bout de cette idée ! Sachez aussi vous entourer de personnes ayant des profils complémentaires au vôtre.
Quel est votre champ d'intervention territorial ?
Femmes Business Angels a été créée en Ile-de-France, mais depuis 2006, et l'obtention de notre label par le Ministère des PME, nous investissons dans toute la France. A l'heure actuelle, nous n'avons pas encore d'implantation hors de Paris, mais nous avons le projet de monter des antennes à Montpellier, Nice-Sophia Antipolis et Nantes, où nous avons déjà initié des contacts. D'ailleurs, les investisseuses intéressées pour relayer notre action ne doivent pas hésiter à nous contacter !
Propos recueillis en octobre 2005 par Laurence Piganeau, APCE.
Mise à jour réalisée en mai 2009 par Anne-Sophie Poupin, APCE.
Pour en savoir plus :
Sur le capital risque :
- Se reporter à la rubrique du site intitulée Le capital risque
- Lire l'interview de Claude Rameau : Les business angels en France : un phénomène en développement
Sur "Femmes Business Angels" : www.femmesbusinessangels.org
18/06/2009

























