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Les business angels en France : un phénomène en développement

Interview sonore : cliquez ici
rameau.gif Claude Rameau
http://www.franceangels.org

CV : Ayant débuté son parcours professionnel en tant que consultant en gestion de l'innovation et en reconversion d'entreprises, Claude Rameau fut professeur de gestion puis Doyen de l'INSEAD.
Devenu vice-Président de cette institution, il exerce depuis huit ans une activité de business angel.
Membre élu du Bureau de l'Agglomération Melun-Val de Seine, en charge du développement économique, il est également administrateur de plusieurs sociétés et institutions académiques en Europe et en Asie.

Il co-préside, avec André Jaunay, l'association "France Angels", créée en 2001. Cette co-présidence a un sens,
- Claude Rameau représentant la sphère privée, c'est à dire le métier de business angel, les relations entrepreneurs-investisseurs,
- André Jaunay, chargé du financement des entreprises au Conseil régional d'Ile-de-France, représentant, quant à lui, l'approche développement local et appui à la création d'entreprises.
"France Angels" organise, le 18 mars 2003, au Palais Brongniart, un colloque national intitulé " Les Business Angels, les créateurs et leur environnement ". Pour tous renseignements sur ce colloque, se reporter à son site internet.

Interview :

Vous co-présidez l'Association française pour la promotion de l'investissement par les business angels, France Angels. Quelle est la vocation de cet organisme ?

France Angels est une association qui pour vocation de rassembler et faire connaître les réseaux de business angels existants et de susciter la création de nouveaux réseaux.
Son ambition est de multiplier fortement et rapidement le nombre des business angels actifs en France, et de systématiser le financement des créations d'entreprises à potentiel par des investisseurs individuels.

Qui sont, en France, les Business angels ?

Ce sont des individus, qui investissent une partie de leur patrimoine personnel dans des sociétés nouvelles à potentiel, auxquelles ils croient.
Mais leur intervention ne se limite pas à cet aspect financier : il mettent également à la disposition des entreprises qu'ils financent leurs compétences, leur expérience professionnelle, leur réseau relationnel et leur enthousiasme.
On estime actuellement leur nombre entre 3 000 et 4 000. Par comparaison, il y en a environ 50 000 en Grande Bretagne et plus de 500 000 aux Etats Unis. Il existe donc un énorme potentiel de développement des business angels en France, même si la culture française de l'entrepreneuriat diffère de celle des pays anglo-saxons, et si la notion d'échec n'est pas encore admise en France'

L'objectif de France Angels est de faire passer ce chiffre de 3 000 à 40 000 d'ici 5 ans. Si nous y parvenons, nous aurons changé fortement la physionomie du capital d'amorçage en France et favorisé l'éclosion de sociétés nouvelles à potentiel, qui malheureusement aujourd'hui ne voient pas le jour, faute de financement.

Quel est leur profil ?

La dernière enquête nationale réalisée par France Angels montre que le profil des business angels français est très proche de celui que l'on retrouve dans des pays très structurés comme la Grande Bretagne ou les USA. On distingue en fait deux grands profils :

Tout d'abord des personnes qui ont entre 50 et 65 ans, et qui ont accumulé, tout au long de leur parcours professionnel, des compétences, des relations et naturellement de l'argent, et qui, en fin de carrière ressentent l'envie d'aider des créateurs d'entreprises. Il y a dans cette catégorie un potentiel considérable. La difficulté, c'est de les repérer et de les convaincre..

Le deuxième profil est plus nouveau : ce sont des personnes plus jeunes, âgées de 35 à 40 ans, qui ont réalisé une forte plus-value lors de la cession totale ou partielle de leur propre entreprise, ou lors de la revente de stock options acquises dans des sociétés qui ont connu un fort développement. C'est le profil des business angels " entrepreneurs ", qui ont réussi très jeunes et qui sont sortis du monde de l'entreprise. Ils ont donc de l'argent disponible, mais également l'envie de recommencer. Ces investisseurs auront donc tendance à vouloir être en prise directe avec l'entreprise et à s'impliquer dans sa gestion, ce qui ne correspond pas forcément aux attentes des entrepreneurs qu'ils financent.

Quelque soit leur profil, les motivations des business angels sont proches : essayer de réaliser une plus-value en capital, bien-sûr, mais aussi et surtout, participer à une aventure, permettre à de nouvelles entreprises de voir le jour, et jouer ainsi un rôle dans le développement économique et dans la création d'emplois. Une sorte de " retour à l'envoyeur ", car ayant souvent été aidés eux-mêmes, ils ont envie d'en faire autant aujourd'hui.

En quoi ce type de financement diffère-t-il des autres ?

Les institutions financières classiques, qui interviennent en phase d'amorçage, s'intéressent essentiellement aux entreprises technologiques innovantes. Elles investissent dans les secteurs des télécommunications, des logiciels, de la biotechnologie, de la technologie avancée' secteurs qui représentent moins de 5 % de la création d'entreprises en France. Par ailleurs, utilisant des fonds publics, nationaux ou régionaux, elles sont tenues à un certain nombre de contraintes, critères d'analyse, règles, calendriers prédéfinis, qui alourdissent inévitablement des procédures de sélection et de décision.

Les business angels, quant à eux se comportent de manière différente. Leur critère n'est pas sectoriel. Ce qui compte c'est le potentiel de l'entreprise et la personnalité des entrepreneurs qui se présentent à eux. Il faut que le projet et les personnes leur plaisent. C'est leur propre patrimoine qui est en jeu et non des fonds publics gérés par une institution financière. Ils disposent donc d'une grande flexibilité dans leurs prises de décisions.

Schématiquement, aujourd'hui, un entrepreneur en quête de financements a peu de choix. Il va s'adresser naturellement aux banques et aux sociétés de capital investissement, mais, en dehors des fonds spécialisés, on lui demandera souvent de revenir plus tard, lorsque son projet aura avancé, lorsqu'il disposera d'un premier bilan, d'un brevet, de clients' bref lorsque l'opération sera moins risquée. L'amorçage, ce n'est pas leur métier.
Quelles solutions lui reste-t-il ? Tout d'abord, solliciter les organismes qui accordent des prêts personnels aux créateurs, sans intérêt et sans garanties : les plates-formes d'initiative locale ou Nord Entreprendre par exemple. Les montants octroyés restent limités, mais ces prêts représentent une garantie de crédibilité pour les banques, du fait de leur processus de sélection des dossiers.
Viennent ensuite les business angels'

Quel est le montant moyen de leurs investissements ?

Selon l'enquête réalisée par France Angels, un business angel investit en moyenne 40 000 euros par an, répartis dans 4 projets.
C'est une moyenne. Certains investissent entre 4 600 et 7 600 euros, d'autres vont jusqu'à 150 000 euros et plus.
Contrairement à une idée répandue, il ne faut donc pas forcément être très riche pour devenir business angels. Ceux qui le sont, et dont on parle beaucoup dans la presse économique, sont minoritaires, et du fait de leur organisation, s'apparente plus à des venture capitalistes.
Pour financer un projet de l'ordre de 80 000 euros, un entrepreneur devra donc souvent s'entourer de plusieurs business angels.

A quels types de projets s'intéressent-ils ?

Sauf exceptions, ils investissent dans tous types de projets à potentiel, quel que soit leur secteur d'activité, au moment de leur démarrage. Il s'agit donc bien d'amorçage et le risque est maximal, car les entreprises financées n'ont pas encore de chiffre d'affaires, pas de clients, pas de technologies stabilisées, pas forcément de brevet et généralement une équipe embryonnaire.
Leur décision se prend sur la base d'un business plan, d'une proposition de développement et sur la capacité à convaincre des entrepreneurs.
Certains investisseurs plus aisés interviennent plus tard, ou dans des projets de reprise, lorsque les risques sont moins importants mais à un coût supérieur.

Revenons à France Angels, vous avez indiqué que son objectif est de multiplier le nombre de business angels en France. Comment allez-vous procéder pour y parvenir ?

L'objectif de France Angels est double : développer le nombre des business angels et " professionnaliser " les réseaux existants ainsi que les réseaux futurs.

L'augmentation du nombre de business angels ne pourra se faire qu'en provoquant la création de nouveaux réseaux et en développant ceux qui existent et qui ont une capacité d'influence. En effet, ces réseaux sont aujourd'hui modestes en taille, peu visibles et pas toujours connus. Certains sont ouverts, visibles et accessibles, d'autres sont plus fermés et plus confidentiels.
La première action que nous avons entreprise l'année dernière, et qui se poursuit cette année, est donc d'identifier ces réseaux et de les répertorier. Nous en comptons aujourd'hui une vingtaine, constitués sous des formes diverses : associations, sociétés anonymes, sociétés civiles' Nous nous fixons comme objectif d'arriver à une cinquantaine de réseaux d'ici 2004.
Pour cela nous avons conçu et expérimenté une opération de sensibilisation, que nous désignons sous l'appellation " Ecole des business angels ".

En quoi consiste "l'Ecole des business angels" ?

C'est une opération de sensibilisation, d'information et de formation de personnes qui ont le profil pour devenir business angels, opération qui prend la forme d'un événement de deux fois une journée et dont l'objectif est de permettre l'éclosion de réseaux ou de renforcement de réseaux existants. Pour mettre en place ces écoles et rassembler un maximum d'investisseurs potentiels, nous utilisons quatre approches :

- Une approche locale : dans une ville ou département donné, nous montons une école avec le support et la coopération étroite de partenaires locaux qui s'occupent de développement local, de financement, de création d'entreprises : collectivités locales, technopoles, écoles de commerce, organismes financiers, etc'
Cette approche est très intéressante car elle permet non seulement de sensibiliser des investisseurs potentiels, mais de rassembler des acteurs locaux, qui resteront en contact et continueront à travailler ensemble autour de ce thème.
Nous avons aujourd'hui expérimenté cette opération à Melun, à Troyes, avec le conseil général de l'Aube et à Nantes. Nous prévoyons de monter une vingtaine d'écoles d'ici la fin de l'année à Paris, avec Paris Développement, à Toulouse, à Lorient, à Metz, à Saint Etienne, à Sophia Antipolis, etc'

- Une approche sectorielle : nous avons identifié plusieurs besoins et essayons de constituer des réseaux spécialisés autour de ces secteurs : biotechnologie, télécommunications, environnement et peut-être l'agroalimentaire.

- Nous essayons également de toucher les associations d'anciens élèves. Nous avons par exemple déjà planifié à la fin du mois de mars, une école des business angels pour les anciens élèves de Centrale. Nous avons également des contacts avancés avec l'INSEAD, le CPA, HEC'

- Nous nous rapprochons enfin de certains groupes français qui font le l'essaimage afin de constituer des réseaux internes. Des négociations sont en cours avec le CEA, EADS, les charbonnages de France, France télécom, EDF'

Quelles sont les autres activités de France Angels ?

Comme je l'indiquais précédemment, notre objectif est également de professionnaliser les réseaux de business angels, pour favoriser leur qualité et leur pérennisation. Nous développerons donc tout naturellement notre activité d'animation de réseau, de centre de ressources et de formation.
André Jaunay a déjà élaboré une formation spécifique à destination des animateurs de réseaux locaux, en collaboration avec l'APCE. Une deuxième session aura prochainement lieu. Les informations pratiques sur cette action sont disponibles sur le site de l'APCE, dans la partie " formation des professionnels".
Nous allons également refondre totalement notre site internet, pour qu'il devienne un véritable centre virtuel d'informations sur les business angels et l'amorçage en général.

Quels conseils donneriez-vous aujourd'hui à un porteur de projet ?

Je lui donnerais deux conseils principaux :
Premièrement être réaliste, car l'expérience montre que la création d'une entreprise est toujours plus difficile, plus coûteuse et plus longue que prévue. Il faut croire en son projet, mais avoir conscience des contraintes de tous ordres qui freineront son lancement.
Ensuite, je lui conseillerais d'utiliser au maximum et le plus intelligemment possible les business angels pour tout ce qu'ils peuvent lui apporter en dehors de l'argent : expérience, conseils, aide à la négociation pour l'achat d'investissements, orientation vers des sources d'informations, mise en contact direct avec des clients potentiels ou des fournisseurs, relationnel technique ou encore politique pour obtenir des subventions ou financements'
Ils ne feront jamais à sa place, mais pourront (et seront ravis de le faire) jouer un rôle de facilitateur. Qu'il n'oublie pas que les business angels sont des personnes disponibles, ouvertes, qui ont envie de participer à une aventure.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à un investisseur potentiel ?

Là encore deux conseils :
Tout d'abord qu'il n'investisse pas une part trop importante de son patrimoine dans ce genre d'activité : 10 % au maximum. Il doit en effet accepter le risque qu'il prend et ne pas le faire s'il doit se réveiller tous les matins angoissé !
Deuxièmement, sa motivation ne doit pas être exclusivement financière. Il faut qu'il s'implique dans les entreprises financées pour interagir avec les entrepreneurs. Il retirera ainsi de cet expérience un enrichissement personnel et beaucoup de satisfactions.


Propos recueillis en février 2003 par Laurence Piganeau


Pour en savoir plus sur les business angels, consulter:

- lesite internet de France Angels, sur lequel on trouve l'annuaire des réseaux de business angels et des
ressources d'amorçage,
- l'annuaire des sites sélectionnés par l'APCE ,
- la base bibliographique

28/02/2003


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