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Aménager un magasin, ça ne s'improvise pas !

Jacques Quartier

CV : Jacques Quartier est un architecte d'intérieur spécialisé dans l'aménagement des commerces indépendants. Diplômé de l'Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, il a créé son cabinet en 1972 à Reims.

Interview :

En quoi consiste votre activité ?

Un aménageur doit faire émerger le magasin qu'imagine son client tout en tenant compte d'impératifs financiers, techniques et réglementaires.
Je passe donc beaucoup de temps à écouter les souhaits et problématiques de mes clients avant de travailler sur un projet. C'est d'ailleurs le discours du dirigeant qui m'aide à trouver des solutions. Ensuite, si le client valide mes propositions, je m'occupe de l'aménagement de "A à Z".

Qu'entendez-vous par là ?

En fait, je procède par étape. Après avoir cerné la demande du client, j'effectue une prise de mesures sur place et prends des photos. Je crée ensuite le projet et le soumets au chef d'entreprise. Nous nous mettons d'accord sur un premier « coup de crayon » et je finalise la commande. Je récupère ensuite des devis auprès des artisans et établis un planning des travaux. Enfin, j'assure le suivi des travaux jusqu'à la livraison du magasin.
J'insiste sur la notion de planning car il est nécessaire de faire travailler en même temps l'électricien avec le peintre et le plombier avec le menuisier. La durée des travaux doit être courte (3 à 5 semaines) car un magasin fermé ne rapporte pas de chiffre d'affaires et les consommateurs changent rapidement leurs habitudes ! 
En matière de délai, entre le premier contact avec mon client et le commencement des travaux, il faut compter au minimum de 3 à 4 mois. Ce délai peut-être plus long en raison du traitement de dossiers administratifs. J'aide d'ailleurs mes clients à remplir ces documents.

De quels dossiers administratifs s'agit-il ?

Le commerçant souhaitant aménager son magasin doit déposer en mairie une déclaration de travaux ainsi qu'un dossier d'aménagement. Ce dernier concerne l'accès des personnes handicapées au magasin et la sécurité. Le repreneur d'un commerce ne connait pas forcément ce type d'obligations et ceci peut entraîner des coûts supplémentaires très importants. Il faut savoir que l'isolation par rapport aux tiers (voisins du magasin) doit permettre une résistance au feu de plus de 2 heures. Concernant l'accès handicapé, il est quelquefois nécessaire, selon la configuration du magasin, d'installer un ascenseur, une plate-forme élévatrice ou de faire réaliser une pente d'accès. Attention, ces aménagements sont obligatoires. D'autres autorisations administratives sont également exigées notamment lorsque le magasin se trouve dans le périmètre d'un monument historique. Il faut prendre conscience qu'aménager un magasin prend du temps et requiert des investissements lourds.

Justement, combien coûte l'aménagement d'un magasin ?

Par exemple, l'aménagement (façade, sol, murs, éclairage, mobilier, décoration) d'un commerce de prêt-à-porter revient en moyenne à 1000-1200 euros le m². L'investissement peut être beaucoup plus coûteux selon l'activité. Il faut compter 2500 euros le m² pour aménager une bijouterie "haut de gamme". Ce surcoût est dû essentiellement à l'importance de la sécurité dans ces commerces. L'aménagement d'une pharmacie est également onéreux en raison des contraintes spécifiques (rangements).
Quel que soit le projet, le coût évolue en fonction des matières, des techniques utilisées, et surtout de la main-d'œuvre. Je conseille dans la mesure du possible de faire appel à de la main-d'œuvre de proximité pour éviter les frais de déplacement trop importants et « soutenir » par la même occasion les entreprises artisanales locales, surtout si le dirigeant s'installe sur cette nouvelle commune.

Quelle est la durée de vie d'un aménagement ?

Cet investissement est souvent lié au remboursement de l'emprunt contracté à cette occasion et à l'amortissement comptable des travaux. Il y a quelques années certains commerces indépendants pouvaient amortir leur investissement en 5 ans. Actuellement, le marché étant de plus en plus concurrentiel (internet, grande distribution), la durée de vie d'un aménagement oscille entre 7 et 10 ans.

Un magasin rénové fait-il vendre davantage ?

Comme je l'ai évoqué précédemment le retour sur investissement peut être plus ou moins long. C'est la connaissance de la clientèle et de ses attentes qui permettent de proposer un aménagement adapté en facilitant l'achat.
Un consommateur éprouvera toujours une première impression lorsqu'il rentre dans un magasin. Celle-ci peut-être négative ou positive, mais dans tous les cas cette impression est définitive.

En matière d'aménagement, existe-t-il des techniques incontournables ?

Deux éléments fondamentaux sont à prendre en compte : l'éclairage et la couleur.
L'éclairage n'est pas de la décoration, c'est une technique qui se calcule. Bien souvent les commerces pêchent par un éclairage inadapté, car les dirigeants imaginent que la consommation d'énergie est beaucoup trop coûteuse. Il existe à présent des sources lumineuses tellement performantes que nous pouvons obtenir un rapport consommation/rendement très intéressant. L'éclairage permet de créer une ambiance et de mettre en scène les produits vendus dans le magasin.
La couleur est également importante. Le choix des couleurs est souvent lié à l'activité et surtout à la clientèle. Par exemple, le bleu est souvent utilisé pour les lieux calmes, le rouge pour les commerces visant les jeunes, le vert rappelle la nature (commerces bio).

Vous parlez de matières, de couleurs, existe-t-il des phénomènes de mode ?

Effectivement, les matières, les effets décoratifs, les procédés techniques évoluent dans le temps. Ils peuvent influencer le chef d'entreprise dans son choix d'aménagement. Actuellement, la mode est à l'extrême simplicité, voire l'utilisation de lignes très épurées. Il faut toujours garder en tête qu'un magasin doit mettre en valeur la marchandise pour susciter l'achat du client.

D'autres éléments peuvent-ils créer une ambiance ?

Il est souvent intéressant de créer une ambiance sonore. Celle-ci doit être à la limite de l'audible et ne pas couvrir les conversations. Je tiens par contre à alerter les commerçants souhaitant diffuser la radio sur le lieu de vente. La plupart des émissions sont ponctuées de discussions parasites et de publicités. Non seulement, vous payez une redevance auprès de la SACEM pour diffuser la radio mais en plus vous risquez de présenter les offres de vos concurrents !
Il existe également des ambiances olfactives (odeurs diffusées) mais les commerces indépendants utilisent encore très peu ce moyen. Il est davantage employé dans les commerces franchisés et la grande distribution.

Existe-t-il une astuce pour faire découvrir l'ensemble des marchandises d'un point de vente ?

La caisse, les cabines d'essayage, le coin des promotions,... sont des endroits de fort passage sur une surface de vente. Vous devez donc vous en servir !
En plaçant notamment la caisse au fonds du point de vente, le client découvre toute l'offre du magasin. Malheureusement, de nombreux dirigeants ne le comprennent pas car ils pensent qu'en installant la caisse à l'entrée ils pourront plus facilement stopper les vols. C'est une erreur ! Une personne mal intentionnée le sera quel que soit l'endroit où se trouve la caisse.

Comment faciliter la circulation des clients dans un magasin ?

Des espaces de circulation d'une largeur de 90 cm au minimum sont imposés par la réglementation. Pour l'accès handicapé, une largeur de 140 cm est exigée. Il est d'ailleurs question de rendre obligatoire cette règle à tous les magasins existants d'ici à 2012. Techniquement cela risque d'être difficile à appliquer voire irréalisable dans de nombreux commerces, surtout ceux dont la largeur de surface est très étroite.

Et la vitrine ?

La vitrine est la dernière chance que possède un commerçant pour faire rentrer le client dans son magasin. Il ne faut pas la prendre pour une zone de stockage supplémentaire. A l'image de l'intérieur du magasin, la vitrine doit être également soignée.
Deux professionnels interviennent sur la vitrine : l'aménageur agit sur la structure même (la façade, l'enseigne, les supports de marchandise), l'étalagiste quant à lui effectue la mise en scène des produits en vitrine et réalise l'étalage.

Quels conseils donneriez-vous à un dirigeant avant d'envisager la rénovation de son point de vente ?

Lorsqu'un dirigeant décide de modifier ou créer un magasin, il doit prendre son temps pour préparer son projet, le mûrir. Le pire des scénarios est d'agir dans l'urgence.
Le commerçant doit également bien connaître sa clientèle. Le choix des aménagements dépend des attentes du dirigeant bien sûr, mais également et surtout de ses clients.
Enfin, je conseille de faire appel à un professionnel de l'aménagement. Cela garantit d'avoir un seul interlocuteur et de gagner du temps, notamment au moment du dépôt des dossiers administratifs mais aussi lors des travaux. Pour choisir un aménageur, il faut s'assurer que "le courant passe" puisqu'il doit comprendre parfaitement le projet et les problématiques du commerçant. Enfin pour vérifier la qualité des prestations d'un aménageur il suffit de l'interroger sur ses derniers chantiers et visiter les points de vente rénovés.

Propos recueillis en septembre 2008 par Michel Jez

01/10/2008


Satisfaction
Je suis d'accord avec mon confrère monsieur Jacques Quartier.
Très bonne article, les unités de passage sont correct pour PMR.
Il faut écouter monsieur Jacques Quartier car il est très bon conseiller et je ne doute pas de son professionnalisme.
Cordialement Lineagencements
Posté par Lineagencements (http://www.lineagencements.com), 09/07/2013 11:55
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