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Changer de vie en reprenant une librairie
Bernard Gentil
CV : Après avoir travaillé pendant 20 ans dans l'insertion professionnelle, Bernard Gentil, 50 ans, a décidé de reprendre une librairie à Landerneau (Finistère).
Interview :
Comment vous est venue l'idée d'entreprendre ?
Après avoir travaillé plusieurs années dans le domaine de l'insertion et à l'ANPE, j'ai eu envie de changer d'activité. J'ai alors pris un congé formation pour découvrir un nouveau domaine : l'édition de livres. Après ces 10 mois de formation durant lesquels j'ai eu l'occasion de travailler sur de réelles éditions d'ouvrages, j'ai réalisé que c'était vraiment ma passion !
Vous saviez que la Librairie de la Cité était à reprendre ?
Non, mais l'ancienne propriétaire était au courant de ma formation à l'édition. Elle a donc pris l'initiative de me contacter pour me demander si je serais intéressé par la reprise de son commerce. J'ai été, il est vrai, d'abord un peu surpris, puis je lui ai dit que ce type de décision ne se prenait pas seul, que j'allais en parler à ma compagne. Nous avons ainsi étudié le dossier et notre décision a mûri au fil du temps. La propriétaire m'avait fait cette proposition vers octobre-novembre 2003 et j'ai démarré en juin 2004.
Vous avez donc pris le temps de la réflexion ?
Oui car pour aller plus loin, il était important de vérifier que le projet était bien réalisable financièrement et techniquement. J'ai donc demandé les 3 derniers bilans à la cédante et j'ai sollicité le Centre d'économie rurale (CER) qui m'a aidé à établir un prévisionnel et à vérifier la rentabilité de l'affaire. C'était pour moi une condition sine qua non. Au niveau technique, je pensais avoir une image suffisamment précise du métier de libraire pour ne pas être totalement "à côté de la plaque". J'avais, en effet, suivi un module "commercialisation du livre" dans la formation à l'édition et je me disais que je n'aurais pas trop de mal à apprendre les ficelles du métier.
Et aujourd'hui, avec le recul ?
Dans la réalité, je constate que le quotidien du libraire est bien plus complexe que ce que j'imaginais ! C'est une activité qui ne s'improvise pas et demande une organisation impeccable. J'aurais dû me rapprocher de gens de métier. Cela m'aurait évité pas mal de déconvenues et m'aurait fait gagner un temps précieux…

Avez-vous sollicité d'autres structures que le CER ?
Oui, cependant la librairie est un commerce très particulier et je n'ai pas obtenu d'informations précises sur la reprise d'une telle activité.
Avez-vous rencontré des difficultés pour financer votre projet ?
Oui, j'ai sollicité plusieurs banques en présentant mes comptes prévisionnels et un dossier que j'avais constitué pour expliquer un certain nombre de choses : mes motivations, le marché du livre à Landerneau et dans ses environs, mon parcours, les raisons de mon choix, mes points forts, mes points faibles… Certains banquiers ont été étonnés car ils n'avaient jamais reçu un tel dossier pour ce type de projet. J'ai eu plusieurs rendez-vous, certains difficiles voire décourageants..., mais j'ai fini par obtenir un prêt.
Cela m'a permis de réaliser psychologiquement que je changeais de statut. Je passais d'un statut de salarié à celui de patron !
Comment s'est déroulée la transmission de l'entreprise ?
Nous avons convenu d'un prix et avons signé un compromis de vente auprès d'un notaire.
Le prix du fonds était correct, par contre j'ai eu une mauvaise surprise au niveau du stock : sa valeur réelle ne correspondait pas à ce que l'on m'avait vendu.
Autre point noir, la gestion n'était pas du tout informatisée !
Comment vous êtes-vous rendu compte du différentiel de la valeur du stock ?
Nous avons fait l'inventaire, avant que je reprenne "physiquement" la librairie. Il s'est avéré que beaucoup d'ouvrages du stock étaient des invendus… invendables pour moi aujourd'hui !
La cédante savait où étaient les livres physiquement, mais elle ne connaissait pas la valeur réelle de son stock. Pourtant ce poste est important dans le bilan d'une librairie !
Avez-vous bénéficié de conseils et d'avantages commerciaux de la part de la cédante ?
Oui, elle m'a communiqué quelques informations concernant les réouvertures de comptes et j'ai bénéficié de ses remises chez les distributeurs. Par contre, concernant l'exercice du quotidien, c'était un peu juste....
Qu'avez-vous fait évoluer une fois votre installation réalisée ?
J'ai réaménagé la librairie, les ouvrages y sont désormais présentés par thématiques sur des étagères. J'utilise également des petits présentoirs pour mettre en valeur certains d'entre-eux.
J'ai informatisé la gestion du stock. C'était indispensable car nous avons des livraisons toutes les semaines. Sans cet outil, il est impossible de gérer ce type de stock. J'ai investi dans un logiciel spécifique pour la librairie (e-preface). Le coup est peut-être élevé mais la maintenance est à la hauteur. C'est un investissement indispensable, on y gagne à tous les niveaux : la gestion du stock, la fiabilité, la gestion des commandes, les recherches (base de données mise à jour tous les jours).
Vous disiez au début de l'interview que la réalité était différente de l'image que vous aviez de ce métier ?
Oui disons que c'est un métier beaucoup plus physique que je ne le pensais ! On est debout toute la journée, le papier est lourd à manipuler et il y a des tâches assez répétitives comme les réceptions de colis. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai engagé Sophie car je ne peux tenir la librairie seul.
Néanmoins il y a aussi le relationnel …
Ah oui ! Le sel du métier, ce sont les échanges avec les gens. Ma librairie est généraliste et j'y tiens ! Nous vendons des ouvrages pour les enfants, des romans de tout genre, de "beaux livres", des guides touristiques... Par exemple, j'ai découvert des auteurs grâce à des clients… C'est un enrichissement quotidien ! Je suis heureux, chaque jour, d'aller travailler !
Rencontrez-vous des difficultés ?
Oui, un espace culturel Leclerc a ouvert depuis un an et cela a eu très clairement une incidence sur mon chiffre d'affaires : diminution de 25 à 30 %.
Le problème, c'est la trésorerie. Il faut absolument que je remonte ma trésorerie sinon l'avenir risque d'être difficile.
Face à cette difficulté, quelle action envisagez-vous ?
J'ai organisé des rencontres avec des auteurs et j'ai adjoint une activité de cartes postales et de papeterie (des carnets pour écrire principalement). Je travaille également avec des établissements d'enseignement qui me passent des commandes d'ouvrages scolaires. J'espère renouveler cette collaboration à la rentrée car ces commandes constituent une grande partie de mon chiffre d'affaires.
Et si c'était à refaire ?
Je le referais, c'est sûr et certain ! Différemment sans doute, car, comme je l'ai indiqué précédemment, il m'a manqué les conseils d'une personne ayant vécu la même expérience, qui aurait pu m'alerter sur certains points, comme la valeur du stock par exemple. Je le referais donc, mais en prenant conseils auprès des professionnels.
Propos recueillis en juillet 2008 par Marie-Aline Jacquemard
09/09/2008
Christophe


















