Témoignages
Petit Poucet : un coup de pouce pour les étudiants créateurs
Monsieur Mathias Monribot
http://www.petitpoucet.fr
CV : Mathias Monribot a suivi une formation commerciale à l'ISG de Paris, ce qui lui a permis de bénéficier, en deuxième année, d’un cursus à l’étranger. C’est à New York qu’il a acquis une culture entrepreneuriale, en faisant une mission pour le Cirad, un centre de recherche français qui a développé une technologie d’imagerie de synthèse et de recherche pour la simulation végétale. C’est à partir de cette expérience qu’il a eu l’idée de créer sa propre entreprise pour exploiter cette technologie en France. Dix ans plus tard, il a revendu les parts de sa société et a créé en 2001 "Petit Poucet" dans le but de mettre son expérience au profit des étudiants créateurs d’entreprises.
Interview :
Quelle est l'origine du concept "Petit Poucet" ?
Lorsque j'ai créé mon entreprise, j'ai regretté de ne pouvoir bénéficier d'aides, en dehors du coup de pousse que nous a donné le père de mon associé, qui nous a conseillé et mis à notre disposition un petit bureau et un ordinateur pour démarrer. J'ai alors pris conscience qu'avoir une personne expérimentée pour donner des conseils était de la plus grande utilité pour un jeune entrepreneur. C'est pour cela que j'ai créé "Petit Poucet "qui propose des concours, de l'accompagnement, des conseils et une structure de financement de projets.
En quoi consiste ce dispositif ?
C'est un fonds d'investissement privé qui réuni 54 actionnaires (personnes physiques), entrepreneurs et intrapreneurs. Ce n'est donc pas un groupe de business angels, mais la réunion de personnes qui sont portées par des valeurs entrepreneuriales et qui offrent du capital pour financer des projets menés par des jeunes.
Concrètement, l'offre "Petit Poucet" prend la forme de deux concours de création d'entreprise et d'une offre de capital investissement.
Pouvez-vous nous parler de ces concours ?
Le premier, "Petit Poucet grandes écoles et universités", se déroule chaque année d'octobre à décembre (dépôts de business plan). 30 finalistes sont sélectionnés pour venir soutenir leur projet au début du mois de janvier.
5 lauréats sont alors retenus, dans 5 catégories différentes : "meilleur projet et équipe", "art de vie", "NTIC", "innovation" et "jeune entrepreneur de l'année". Ces prix sont remis à l'occasion du Salon des Entrepreneurs de Paris.
Le deuxième, intitulé "tendances et culture", est à destination des jeunes designers, architectes, stylistes, infographes, entrepreneurs dans les métiers d'art et d'artisanat. La sélection des dossiers s'effectue entre avril et juin et la grande finale se déroule en juin. La forme de ce concours change volontairement chaque année, mais l'idée reste toujours la même : une sélection de 10 à 12 projets qui concourent le soir de la finale. Un seul lauréat est retenu (peut être deux cette année...).
A l'issue de ce concours, qui fédère à peu près 350 participants, on organise des diagnostiques personnalisés où chaque candidat, finaliste et/ou lauréat qui le souhaite, se voit offrir un temps de consultance avec un expert.
Nous remettons également un prix aux écoles les plus entrepreneuriales. Il se détermine en fonction du classement de leurs candidats. Cette année, c'est l'ESCP-EAP qui a remporté ce prix.
Et votre offre de capital investissement, de quoi s'agit-il ?
Parmi les 350 projets que nous recevons, 5 sont sélectionnés et font l'objet d'un financement avec des enveloppes allant de 5 000 € à 250 000 €.
Une fois le projet financé, il est hébergé chez-nous dans la "Maison des petits poucets" qui se situe au 76 boulevard Saint Michel à Paris et qui a ouvert ses portes en janvier 2007.
Pendant un an, nous aidons ces entreprises à structurer leur business model et leur offre, afin qu'ils en ressortent avec un vrai projet d'entreprise et une capacité financière suffisante pour pouvoir se salarier et payer leur propre bureau.
A qui s'adresse l'offre de Petit Poucet ?
Petit poucet s'adresse exclusivement aux étudiants. Seuls des candidats titulaires de cartes d'étudiant en cours de validité lors de leur participation au concours, ou des jeunes diplômés ayant eu une carte d'étudiant l'année de leur participation, ont le droit de concourir.
Le dossier de candidature prend la forme d'une succession de questions, auxquelles le candidat répond de manière manuscrite, sans joindre de document complémentaire. La partie financière par exemple ne fait qu'une demi-page. Le but de cette démarche est de permettre à des étudiants qui n'ont pas un background en gestion et finance de proposer leur projet.
Comment s'effectue la sélection des lauréats ?
Les actionnaires ne participent pas au jury du concours. C'est vraiment une opération de volume distincte, qui s'appuie sur le soutien de partenaires comme le groupe Caisse d'Epargne, l'Ordre des experts-comptables ou l'APCE.
Pour la partie "présélection", c'est-à-dire le passage de 200 à 30 projets, cela se fait grâce à une méthode que nous avons élaborée, appelée "Méthodologie de la chrysalide". Il faut être formé à celle-ci pour sélectionner les projets. Cette année, nous étions trois à faire ce travail entre Noël et le jour de l'an pour faire la synthèse et sélectionner la trentaine de projets qui allaient concourir.
Par contre la sélection des projets que nous finançons se fait exclusivement avec les actionnaires. Actuellement, je suis en train d'étudier 7 à 8 projets pour la promotion 2009, dans le but d'en sélectionner 5 à 6 qui seront présentés aux actionnaires. Seuls 3 ou 4 seront retenus.
La première promotion a quitté les locaux. Ils sont désormais tous installés dans leurs propres bureaux. Deux d'entre-eux ont même loué un loft en commun pour prolonger le plaisir de travailler ensemble.
Etre lauréat du concours ne signifie pas être hébergé dans la "Maison des petits poucets" ?
Le concours récompense le meilleur projet à un instant T. Cette année, sur les 5 projets lauréats, 3 entreprises ont été créées et 2 vont l'être prochainement. Ils ont été récompensés car ils étaient meilleurs en terme de construction et au regard des critères du concours.
Maintenant les critères de sélection des projets pour la partie capital investissement et hébergement dans la "Maison des petits poucets" sont beaucoup plus complexes. On recrute les projets par promotion ; ça ne dépend donc pas uniquement de la qualité intrinsèque du projet (même si elle est importante), mais aussi de la cohérence des projets et de la complémentarité des profils et des porteurs de projets.
Il est pour nous très important que les 20 à 30 personnes qui sont hébergées chaque année dans la "Maison des petits poucets" puissent s'aider mutuellement.
L'autre critère, c'est celui de la non concurrence, on ne réalise pas 2 investissements dans un même secteur d'activité. L'année dernière, un seul des lauréats du concours était éligible pour être hébergé chez-nous (en l'occurrence Allomach.com).
Est-ce que les gens qui sont hébergés dans la Maison sont issus du flux de participants au concours ?
Oui, ils sont issus des 30 finalistes du concours "grandes écoles" et des 10 finalistes du concours "tendance et culture". La règle est : 75% des projets pour le premier et 25 % pour le second.
Combien de projet avez-vous actuellement ?
Sur une année nous avons environ 350 projets : 200 dans le cadre du concours "grandes écoles", 100 pour le concours "tendances et culture" et 50 autres.
Nous souhaitons que les projets qui remontent soient vraiment à la recherche d'un "plus" pour pouvoir être lancés. Sur ce point, sachez que 70 % à 80 % des porteurs de projet qui concourent créent réellement leur entreprise.
Combien de projets ont été primés depuis la création du concours ?
La première année il n'y avait qu'un seul prix. C'est à partir de la 3ème année que nous avons augmenté leur nombre. A ce jour, nous avons ainsi récompensé une vingtaine de projets pour le prix "grandes écoles."
Pour le concours "tendance et culture", nous en sommes, cette année, à la 3ème édition. Nous l'organisons en partenariat avec le Groupe Caisse d'Epargne et Price Minister.
Lors de la première édition nous avons organisé une exposition d'entreprises, réalisée "en live" par les candidats.
L'année dernière, nous leur avons demandé de faire une mise en scène de leur entreprise très artistique et théâtrale.
Pour cette année, je vous réserve la surprise !
Les porteurs de projets sont, pour la plupart, issus des grandes écoles de commerce et d'ingénieurs... Et les universités dans tout ça ?
Y en a de plus en plus grâce à des enseignants militants comme Catherine Léger Jarniou à Dauphine par exemple. J'ai récemment eu l'occasion de collaborer avec la Sorbonne Paris. Des jeunes de Jussieu ont également participé au concours... Bref, la mayonnaise prend petit à petit et nous allons faire un effort de communication supplémentaire, notamment par la refonte prochaine de notre site internet.
Comment se fait le travail de communication auprès des élèves ?
On ne mène pas d'action de communication particulière. Le nom "Petit poucet "se retient bien et les professeurs d'entrepreneuriat connaissent l'opération. Chaque année, ils savent que, d'octobre à décembre, il y a un concours national exclusivement réservé aux étudiants.
Par ailleurs, l'action d'information se fait via les partenaires, les sites APCE, OPPE, AEF, PriceMinister et le groupe Caisse d'Epargne.
Le mot de la fin ?
Notre opération est aujourd'hui unique en France, je souhaite qu'il y ait plus de dispositifs de ce type pour les jeunes. Petit poucet est au service de leur audace et leur créativité, mais fondamentalement, nous n'avons pas une stratégie de volume. Ce que nous recherchons, c'est de bons projets qui ont besoin d'un coup de pouce pour se réaliser.
Propos recueillis en février 2008 par Aïni Hannachi
Pour connaître les concours proposés aux étudiants créateurs : cliquer ici.
13/03/2008
























