Témoignages


Sensibiliser et former les futurs ingénieurs entrepreneurs

bigan.gif Michel Bigand
http://iteem.ec-lille.fr/

CV : Michel BIGAND est directeur de l'ITEEM, Institut Technologique Européen d'Entrepreneuriat et de Management, créé conjointement par l'Ecole Centrale de Lille et l'Ecole Supérieure de Commerce de Lille pour proposer une nouvelle formation d'ingénieur orientée vers l'entrepreneuriat et le management.

Interview :

Qu'est ce que l'ITEEM ?

L'ITEEM est une formation d'ingénieur orientée vers l'entrepreneuriat et le management, issue de la volonté commune de deux écoles : l'Ecole Centrale et l'Ecole Supérieure de Commerce de Lille. La formation s'effectue sur cinq ans à l'issue du baccalauréat et amène progressivement l'élève non seulement à intégrer les connaissances requises dans les domaines scientifiques, technologiques et managériaux, mais aussi à développer et à exercer ses aptitudes entrepreneuriales : autonomie et esprit d'entreprise.

Quelle est la genèse de ce projet ?

La mise en place de cette formation vient de deux niveaux de réflexion :
- Premièrement, la région Nord-pas-de-Calais était, il y a quelques années, « lanterne rouge » en matière de création d'entreprise.
- Deuxièmement, au niveau de la concurrence internationale, à l'Ecole Centrale, nous souhaitions conserver un avantage concurrentiel en nous positionnant dans la création d'entreprises de haute technologie.
Ces deux éléments nous ont amenés à réfléchir à la manière d'orienter les ingénieurs vers la création d'entreprise. Le seul profil d'ingénieur n'étant pas suffisant pour faire un bon entrepreneur, nous nous sommes rapprochés de l'Ecole Supérieure de Commerce de Lille, pour mener ce projet conjointement. Nous avions déjà eu l'occasion de collaborer avec cette école en matière de formation (master entrepreneuriat) et de recherche.

Quels sont les objectifs visés par cette formation ?

On peut dire qu'il y a trois grands objectifs :
- proposer, dans un premier temps, une formation d'ingénieur généraliste, qui couvre également tout le programme d'une école de management,
- avoir une forte ouverture à l'international, puisqu'un stage de huit mois à l'étranger est prévu en quatrième année,
- cultiver l'esprit d'entreprendre dès l'entrée à l'école et durant les cinq années de la formation.

Comment a été accueillie la formation au sein de l'école Centrale ?

On s'est aperçu assez rapidement qu'il y avait une différence de culture entre une école de management et une école d'ingénieur, mais je crois que ce qui fait le succès du fonctionnement de l'ITEEM c'est justement la volonté de deux établissements différents de créer quelque chose ensemble. Cette collaboration complémentaire se vit au quotidien ; par exemple les élèves qui travaillent sur un projet (activité pédagogique par groupe), sont co-encadrés par des équipes des deux écoles.

Comment est abordée la création d'entreprise durant ce cursus ?

Nous avons une interprétation assez large de l'entrepreneuriat qui peut conduire certains élèves à créer leur entreprise à court, moyen ou long terme. Mais, pour nous, l'esprit d'entreprendre consiste surtout à développer un certain nombre de valeurs qui permettront aux élèves de prendre des responsabilités, des initiatives et d'accompagner le changement dans une entreprise.

Qu'est ce qui rapproche la formation du monde de l'entreprise ?

Les rapprochements avec l'entreprise ont lieu tout au long de la formation : cycles de conférences, projets d'élèves encadrés par une équipe enseignante avec un vrai client, stages, etc.
En première année, l'élève fait un stage d'initiation à la vente, qui est une dimension quasi inexistante dans les écoles d'ingénieurs. En deuxième année, il effectue un stage scientifique de deux mois.
En fin de troisième année et début de la quatrième, il effectue un stage de huit mois à l'international.
En dernière année, l'élève choisit, soit de faire un stage de pré-embauche, soit de mener son propre projet de création d'entreprise.

Quelle est la portée de cette formation au niveau local ou national ?

Deux ans après son lancement, la formation Ingénieur Manager Entrepreneur est fortement implantée dans le Nord - Pas de Calais, 60% de l'effectif étant originaire de cette région.
Notre ambition est de couvrir progressivement tout le territoire national en terme de recrutement. Nous sommes confiants, étant donné l'excellent niveau de recrutement qui devrait asseoir rapidement la notoriété de la formation.
D'ici 2009, nous envisageons de porter les flux à une centaine d'élèves, dont 15% d'étrangers. La dimension internationale de notre formation se traduit également par des missions effectuées en partie en France et à l'international, par l'envoi d'étudiants pour une année de formation ou des stages à l'étranger.

Quels types de difficultés avez-vous rencontré au démarrage de la formation ?

Nous n'avons pas rencontré de difficultés particulières. Concernant l'organisation pratique, nous avons constitué une équipe structurée qui a pris en charge les aspects logistiques et organisationnels. Nous avons trouvé, dans les milieux professionnels, un accueil très favorable : les chefs d'entreprises étaient même étonnés de constater qu'une telle formation n'existait pas encore.
Très régulièrement des recruteurs nous contactent pour embaucher nos futurs diplômés, ce qui confirme le fait que cette formation correspond à une attente réelle des entreprises.
En terme de recrutement des étudiants, nous avons eu un accueil tout aussi favorable auprès d'un certain profil de jeunes en terminale. Nous nous intéressons à des jeunes filles et jeunes gens qui ont envie de sortir d'un cursus scolaire classique, en préservant une large ouverture à leur cursus de formation.
La première et la deuxième année, nous avons recruté cinquante élèves de bon niveau, à en juger par leurs résultats (97% ont obtenu une mention au baccalauréat). Nous effectuons notre troisième recrutement et le niveau continue de s'améliorer. Cette année, nous recrutons environ 60 élèves.

Quel recul avez-vous après deux années de formation ?

Globalement, on constate une meilleure connaissance réciproque des deux écoles. Nous avons des demandes de collègues qui souhaiteraient compléter leur formation d'ingénieur par des aspects liés au management ; il y a donc une prise de conscience collective sur l'intérêt d'avoir une approche qui ne soit pas purement technicienne.
Sur le plan du développement personnel des étudiants, eux-mêmes nous disent avoir mûri considérablement ; ils ont le sentiment d'intégrer une formation qui respecte leur personnalité, qui encourage leurs initiatives. La formation est également enthousiasmante par l'approche pédagogique retenue : partir du concret pour aller vers la théorie.
Nous misons par ailleurs sur le travail d'équipe et nos élèves intègrent très tôt l'idée que c'est moins la performance individuelle qui fait le progrès de l'entreprise que la capacité des acteurs à travailler ensemble.

Ne pensez-vous pas que cette formation est un peut une école dans "l'école" ?

Plutôt que de parler "d'école dans l'école", je pense qu'il vaut mieux voir la formation Ingénieur Manager Entrepreneur de l'Iteem comme une possibilité d'offrir un parcours différent de celui de l'ingénieur classique, sans jugement de valeur sur l'une ou l'autre des formations. Cette nouvelle voie draine des candidats qui n'auraient pas nécessairement suivi le cursus classique, par peur de s'enfermer pendant deux années dans les maths et la physique. L'aspect généraliste de la formation est l'une des raisons qui fait que, cette année encore, nous aurons plus de 40% de jeunes filles qui intégreront la formation, alors que leur pourcentage dans les écoles d'ingénieurs dépasse rarement les 15-20 %.

Pensez-vous que cette formation donne le goût d'entreprendre ?

Un sondage réalisé à un an d'intervalle auprès de nos élèves a révélé que l'intention de créer une entreprise est passée de 21% lorsqu'ils étaient en première année, à 53% en deuxième année. L'esprit d'entreprendre est cultivé tout au long du cursus pour donner non seulement le goût, mais également la capacité à entreprendre.
Nous n'obligeons évidemment pas nos élèves à créer une entreprise, mais nous leur donnons la possibilité de le faire dès la sortie de l'école, s'ils le souhaitent, ou plus tard dans leur parcours professionnel. Dans le cas d'une création d'entreprise en fin de formation, nous disposons des moyens pour évaluer la faisabilité du projet, pour l'accompagner ou le stopper.
Par ailleurs, dès la rentrée prochaine, nos élèves auront la possibilité d'intégrer un club d'entrepreneurs (un réseau international) regroupant des personnes qui s'intéressent à la création d'entreprise.

Les étudiants sont-ils plus entreprenants ?

En terme de ressenti, les promotions sont très soudées et les jeunes nous semblent très épanouis. Les projets pleuvent. Sur le plan associatif, les élèves sont très dynamiques, ils participent par exemple au 4L Trophy, rallye humanitaire au Maroc, qui regroupe environ 600 équipages. Mais de nombreuses autres initiatives naissent ; elles traduisent bien l'esprit d'entreprendre' et l'envie d'aller jusqu'au bout des initiatives.

Un conseil pour des établissements qui souhaiteraient dupliquer l'ITEEM ?

La double compétence ingénieur et manager ainsi que la grande ouverture à l'international correspondent à un réel besoin des entreprises d'aujourd'hui et de la société tout entière. L'ITEEM fera nécessairement des émules, et c'est une bonne chose. Les formations traditionnelles d'ingénieurs seront amenées naturellement à évoluer dans ce sens.
Le secret de la réussite réside, à mon sens, dans le respect mutuel des deux écoles, Centrale Lille et l'ESC Lille, le partage d'objectifs communs et la confiance réciproque des acteurs qui veulent construire quelque chose ensemble.

Le point de vue d'un élève ...

Frédéric Bouchez, 19 ans, élève en troisième année de l'ITEEM.


Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire l'ITEEM ?

Au départ, mon souhait était d'intégrer une école d'ingénieur, puis de faire un MBA en Management. Quand j'ai su que ma candidature était retenue à l'ITEEM, je n'ai pas hésité car cette formation forme à la double compétence sur cinq ans.
Par ailleurs, l'aspect entrepreneuriat mis en avant et l'implication des écoles Centrale Lille et ESC Lille m'ont motivé pour m'inscrire.

Quelles étaient vos attentes vis-à-vis de cette formation ?

Je souhaitais recevoir une formation d'ingénieur (avec un diplôme validé par la Commission des Titres d'Ingénieurs) et une formation solide en management. Au départ je pensais que l'alternance entre les deux domaines allait se faire dès la première année, mais en fait le programme est conçu de façon à aborder davantage les sciences de l'ingénieurs dans les trois premières années pour ensuite approfondir le côté management. Moi ça ne m'a pas gêné, et je trouve même que c'est bien fait d'un point de vu pédagogique.

Vous êtes en fin de deuxième année, pensez-vous avoir fait le bon choix ?

Je suis très satisfait de cette formation qui correspond complètement à mes attentes. Il est vrai que j'ai eu quelques inquiétudes au premier semestre de la première année car je ne voyais pas encore l'aspect "management" de la formation. A partir du moment où ça été recadré par les responsables, cela ne m'a plus posé de problème.

De quelle manière avez-vous approché l'entreprise au cours de ces deux années ?

J'ai fait un stage de découverte de l'entreprise et plus particulièrement de la vente en fin de première année. J'ai eu la chance de le faire à l'étranger à Dublin, puisque la dimension internationale est prisée par la formation.

Quels échos de votre formation avez-vous eu de la part des professionnels que vous avez rencontré ?

Les employeurs sont très intéressés par notre formation dans le sens où, en cinq ans, on sort de l'école avec une double compétence. Notre formation ne scinde pas le côté ingénieur et le côté manager. Je pense que c'est à ce niveau qu'elle intéresse les recruteurs. Tous les ans, nous avons une activité "projet" par équipe et cette pratique nous immerge complètement dans le monde de l'entreprise. En première année nous faisons une étude de la valeur d'un produit simple ; en deuxième année on passe à une dimension supérieure, avec une commande réelle d'un client pour développer un produit innovant, tout en respectant un cahier des charges précis. En troisième année il y a deux projets, le premier est un projet informatique (base de données, internet, etc.) pour le compte d'une entreprise cliente ; le deuxième projet consiste à réaliser un business plan et une simulation de création d'entreprise, en relation avec des pépinières d'entreprise.

Quel est l'impact de cette formation sur vous ?

Je pense que j'avais déjà le goût d'entreprendre avant même d'entamer la formation. Par contre, elle m'a motivé à créer mon entreprise. Aujourd'hui j'ai plus d'assurance et j'ai même participé cette année à la création d'une entreprise avec toutes les démarches administratives que cela implique. Ce fut une très bonne expérience pour moi.

Dans quelle mesure votre formation vous a-t-elle aidé à accompagner cette création ?

Ma formation m'a donné de l'assurance et m'a permis d'acquérir les bases nécessaires pour entreprendre puisque elle aborde toutes les étapes de création d'une entreprise. Aujourd'hui je vois bien une différence et une évolution dans mon état d'esprit. Il y a déjà un "avant" et un "après" l'ITEEM, même si je n'ai pas encore fini ma formation.

Quel est votre projet d'avenir ?

Je passe en troisième année, mon projet n'est pas encore bien fixé. J'envisage toutefois d'avoir une première expérience dans le management après l'obtention de mon diplôme peut être dans les relations humaines ou l'humanitaire.

Qu'en est-il de la création d'entreprise ?

Il faut avoir la bonne idée, mais c'est quelque chose que j'envisage à plus long terme.

Conseilleriez-vous l'ITEEM à vos proches ?

Oui, mais tout dépend de la personnalité du candidat : si la personne est très scolaire et aime avant tout être cadrée dans son parcours, alors ce n'est pas la formation la plus adaptée. Je pense qu'il faut un minimum d'esprit d'entreprendre et d'initiative pour réussir à l'ITEEM.


Propos recueillis par Aïni Hannachi, en novembre 2005

29/11/2005


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