Témoignages


Entreprendre en couple, pour le meilleur... et le meilleur !

artatem.jpg Isabelle et Erick Chanat
http://www.artatem.com

CV : Isabelle et Erick Chanat ont créé en avril 2004 une agence de communication dénommée "Artatem".
Parents de 3 enfants, la volonté de concilier vie professionnelle et vie familiale a été l'un des moteurs phares de leur démarche d'entrepreneurs.
Ils nous reçoivent chez eux pour nous parler de leur expérience, de leurs réflexions, motivations et de leur satisfaction d'avoir été au bout de leur rêve : travailler ensemble au sein de leur propre entreprise !
(Voir interview d'Erick Chanat : "La communication, un levier indispensable pour se développer" - APCE mai 2005)

Interview :

Comment avez-vous pris la décision de créer votre entreprise ?

IC - La création de notre entreprise est l'aboutissement logique de notre parcours personnel et professionnel. Nous travaillons ensemble depuis très longtemps. Nous nous sommes d'ailleurs rencontrés sur notre lieu de travail et avons pris conscience très tôt que nous étions complémentaires dans de nombreux domaines et que nous partagions de nombreuses valeurs. Nous avions la même façon de travailler, la même vision des choses, la même énergie dans le travail, la même sensibilité... Associer notre vie privée et professionnelle est devenu très vite une évidence, puis une nécessité.

EC - Nous avons ainsi travaillé 3 ans ensemble, puis j'ai démissionné pour évoluer chez un autre employeur. Cela a été très difficile moralement pour Isabelle et moi - non pas parce que nos activités étaient inintéressantes - mais parce que l'on ne travaillait plus ensemble. Nous avons alors recherché, d'arrache pied, une nouvelle entreprise susceptible de nous recruter tous les deux et nous l'avons trouvée !

C'est à ce moment là que l'idée d'entreprendre a germé ?

IC - Oui, nous étions heureux d'avoir retrouvé du travail ensemble, mais nous n'étions pas en totale harmonie avec les choix stratégiques de notre employeur et ses méthodes d'organisation. Nous étions tous les deux très réactifs et nous trouvions que les choses n'avançaient pas assez vite. Nous avions le sentiment de ne pas pouvoir nous exprimer comme nous l'aurions souhaité, ce qui a engendré progressivement chez nous un sentiment de frustration.

EC - Nous avions pris conscience à cette époque, qu'ensemble nous avions une capacité d'organisation et de créativité très forte, capacité que nous pourrions mettre à profit dans le cadre de notre propre entreprise. L'élément déclencheur a été le licenciement d'Isabelle. Il représentait une opportunité à saisir pour sauter le pas dans de bonnes conditions, d'autant que j'avais, à titre personnel, très peu de perspectives d'évolution dans cette entreprise.

Quelles ont été les différentes étapes de votre démarche ?

EC - On s'est tout d'abord posé beaucoup de questions sur nos parcours personnels, sur notre situation actuelle - Isabelle étant au chômage et moi, en quelque sorte, sur une "voie de garage" - sur la manière dont nous envisagions l'avenir... Cette première réflexion, qui a duré environ 3 mois, a conforté notre désir d'approfondir notre idée de création d'entreprise. Isabelle s'est alors inscrite à une formation de créateurs organisée par l'IRFED, ce qui lui permis de perfectionner ses connaissances en matière de comptabilité et de gestion et de réaliser, avec l'aide de professionnels, un business plan.
J'ai, de mon côté, établi en parallèle mon propre business plan à partir de mes connaissances, de mon approche du marché. On a ensuite pris le temps de les rapprocher et de les fusionner, en revoyant notre chiffre d'affaires prévisionnel à la baisse, nos charges à la hausse... le résultat était plutôt satisfaisant ! Nous disposions alors de tous les éléments pour prendre notre décision.

IC - Enfin de presque tous les éléments... car il restait un point primordial pour nous (et surtout pour moi...), partie intégrante du projet : nos contraintes familiales ! Il était évident que nos trois enfants devaient être intégrés à notre réflexion. Les répercussions de notre projet sur eux étaient inévitables. Erick devait quitter un emploi stable et bien rémunéré pour partir ensemble vers l'aventure, aventure contrôlée, mais aventure tout de même. Nous leur avons tout expliqué, car ils étaient en âge de comprendre (15,14 et 9 ans) : les premiers WE et vacances perturbés, notre probable manque de disponibilité à leur égard pendant la phase de démarrage de l'entreprise, la baisse temporaire de notre niveau de vie, le stress, etc.

Comment ont-ils réagi ?

IC - Très bien. Il faut dire que nous avions pris l'habitude de les intégrer à tout ce que nous faisions et qu'ils étaient déjà très autonomes. On a donc analysé tous les risques que nous prenons avec eux et c'est en famille que nous avons pris la décision de créer notre entreprise.

EC - Et cela continue aujourd'hui. Ils sont très intéressés par notre activité, ils se réjouissent avec nous à chaque nouveau contrat, nous posent des questions sur nos clients.

Vous travaillez chez vous. Est-ce un choix ou une solution temporaire ?

IC - C'est un choix de vie qui a beaucoup influencé notre projet. Pour moi, il a toujours été clair que si nous devions créer une entreprise, ce serait « à la maison », pour pouvoir être proches physiquement de nos enfants et adapter notre rythme de travail à leur propre rythme. C'est un avantage considérable pour des parents de 3 enfants, dont deux adolescents !Trouver des bureaux ailleurs était inenvisageable pour moi.

EC - Nous tenions par contre à bien séparer notre espace travail de notre espace habitation et avons transformé notre garage en bureau indépendant, ce qui nous permet d'être très proches des enfants physiquement, mais en dehors de leur espace vital.

Parvenez-vous à vous arrêter de travailler le soir et le WE ?

IC - C'est sans doute le risque majeur lorsque l'on travaille chez soi, mais notre rythme de travail étant calqué sur les besoins des enfants, ils nous rappellent que nous devons nous arrêter !

EC - Et puis il faut assumer les tâches domestiques quotidiennes. Chez nous, c'est très organisé : Isabelle s'occupe de l'intendance des enfants et moi des repas. Il y a donc des créneaux dans la journée où nous devons absolument nous arrêter et nous reprenons généralement le travail le soir. Quant aux WE, nous nous organisons pour être totalement disponibles le dimanche et en partie le samedi. Isabelle arrive à s'accorder de vrais WE. Pour moi, c'est encore difficile.

N'est-ce pas trop pesant d'être chez soi en permanence ?

IC - Non, pour l'instant, je n'y vois que des avantages, en terme d'organisation bien sûr mais aussi de gain de temps. Ce qu'il me manquerait, ce serait peut-être un « trajet retour du bureau » le soir pour décompresser du stress de la journée. Mais le temps gagné compense largement l'inconvénient.

EC - En fait, nous ne sommes pas en permanence « au bureau ». Nous avons beaucoup de rendez-vous à l'extérieur, de soirées et cocktails professionnels qui nous permettent de rencontrer d'autres personnes. Nous nous sommes notamment rapprochés de clubs d'entrepreneurs et d'organisations patronales pour rencontrer d'autres entreprises. Cela nous permet d'ailleurs de détecter des besoins, de soumettre des offres adaptées et donc de trouver de nouveaux clients.

Quels sont, selon vous, les principaux avantages de cette situation pour votre entreprise ?

EC - Le principal avantage que nous tirons de cette situation c'est notre solidarité devant les difficultés et notre capacité à les affronter et à les résoudre ensemble. Lorsque nous devons faire face à un coup dur, il est pour les deux' Mais il y a toujours l'un de nous qui accuse le coup plus que l'autre, en fonction de la nature du problème en question. Si c'est moi par exemple, Isabelle ne me montrera pas sa contrariété et analysera le problème avec sa propre sensibilité, pour m'aider. Et vice-versa.

IC ' Celui qui cherche à aider l'autre fait abstraction de sa propre contrariété pour pouvoir être actif à ce moment là. Il ne nous est, pour le moment, jamais arrivé d'avoir tous les deux « le moral à zéro » en même temps' C'est une grande chance pour nous, due à nos caractères respectifs.
Les autres avantages tiennent à notre très grande complicité et confiance mutuelle. C'est très important lorsque l'on démarre une entreprise. Nous ne sommes jamais seuls et toutes les décisions qui touchent la stratégie de l'entreprise, c'est ensemble (et de manière très réactive) que nous les prenons.

Quels sont vos objectifs à long terme ? Sont-ils identiques ?

EC ' Mon objectif personnel, c'est de développer l'entreprise pour la revendre dans 10 ans, puis d'arrêter de travailler pour que l'on puisse se consacrer à une passion artistique commune.

IC - Je suis, quant à moi, beaucoup plus modérée qu'Erick sur ce sujet. Revendre l'entreprise dans 10 ans serait naturellement formidable, mais j'ai beaucoup de mal à y croire ! Nous n'avons pas la même vision des choses sur ce point ; cela correspond à nos tempéraments. Je suis par nature très prudente, Erick, quant à lui, « fonce »' Nous sommes très complémentaires !

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de votre entreprise ?

EC - Cela s'est fait tout naturellement, en fonction des compétences et lacunes de chacun.
Le travail quotidien de création ' communication est réalisé par nous deux. Nous traitons certaines commandes en commun, ou séparément, en fonction de notre sensibilité. Mais, même lorsque nous intervenons seul pour un client, nous faisons toujours valider notre présentation par l'autre.

IC ' En dehors de cette activité commune, nous avons chacun notre domaine de responsabilité. Le mien concerne la fonction administrative et financière, celui d'Erick la prospection et communication. Nous maîtrisons chacun parfaitement notre domaine, mais, là encore, toutes les décisions importantes se prennent ensemble. Lorsque nous butons sur une difficulté, nous l'analysons, réalisons une synthèse et soumettons cette dernière à l'autre. Cela permet d'avoir un regard extérieur au problème rencontré et de trouver une réponse valable très rapidement. L'autre voit généralement très vite ce qui ne va pas'

Le fait de travailler en couple a-t-il des répercussions sur votre clientèle ?

EC ' Non, la majorité de nos clients savent que nous sommes mariés, et cela ne leur pose aucun problème. Par contre, pour les prises de contact avec les « gros clients » (grandes entreprises), nous sommes attentifs à ne pas nous présenter en couple, car nous supposons ' peut-être à tort ' que ce ne serait pas un atout. Je les rencontre donc seul.

Quelles sont, selon vous, les principales difficultés lorsque l'on entreprend en couple ?

IC - Nous sommes sans doute un cas atypique, car nous avons fait les mêmes études, nous avons le même parcours professionnel et nous travaillions déjà ensemble avant de créer. Il n'y a donc pas de rapport hiérarchique entre nous. Aucun de nous ne domine l'autre professionnellement. Les choses seraient sans doute différentes si l'un de nous avait dû apprendre le métier de l'autre, si l'un de nous devait être "aux ordres" de l'autre. Pour nous la principale difficulté (mais le mot est peut-être trop fort) est de parvenir à faire la coupure le soir et de quitter mentalement le travail.

EC - On s'empêche naturellement de parler de nos idées à table, mais c'est très difficile car nous sommes tous les deux passionnés par notre métier. Mais les enfants nous rappellent vite à l'ordre et nous l'acceptons car cela fait partie de l'accord que nous avons passé avec eux avant la création de l'entreprise.

Quels conseils donneriez vous aux autres couples qui s'apprêtent à créer ensemble ?

EC - Qu'ils consacrent le temps nécessaire à bien réfléchir, en amont, à tous les aspects de leur projet : éléments économique et stratégique, projets personnels de chacun et aussi contraintes familiales. Tout cela doit être en cohérence pour bâtir un fil conducteur solide et pouvoir s'y référer par la suite en cas de difficultés.

Et si c'était à refaire ?

IC et EC - On le referait sans aucune hésitation ! C'est une très belle expérience qui nous apporte beaucoup de satisfactions :
- la satisfaction d'exercer une activité qui nous passionne,
- la satisfaction de ne pas mettre en pratique ce que nous reprochions à nos anciens employeurs,
- la satisfaction de découvrir mutuellement nos qualités d'entrepreneurs, notre aptitude à réagir face à certains événements,
- la satisfaction de vivre près de nos enfants et de pouvoir nous rendre disponibles lorsque nous sentons qu'ils ont besoin de nous.
Notre entreprise fait partie de notre vie de couple. Elle constitue une des branches de ce que nous construisons ensemble.

Propos recueillis en juin 2005 par Laurence Piganeau

29/06/2005


24/24 ensemble
Bonjour à vous deux, Je viens de lire avec beaucoup d'intérêts votre "interview", car comme vous mon conjoint et moi-même souhaitons créer notre entreprise, seulement ce n'est pas aussi simple... J'aimerai avoir quelques précisions, notamment sur l'activité que vous exercez car nulle part il n'en est fait état, depuis combien de temps êtes vous en couple?(nous cela fait 22 ans et nous avons toujours travaillé pour les mêmes entreprises; ensemble, nous avons 1 enfant de 7ans). bref si vous pouvez nous donner quelques conseils, ou erreurs à ne pas commettre, nous les acceptons avec plaisir car en ce moment nous sommes en pleine réflexion pour reprendre un commerce dans un village de 3400 habitants donc dans un environnement rural, et nous nous posons beaucoup de questions. Merci de votre réponse et bravo pour votre réussite. Bien cordialement Paule & Clarence
Posté par Paule, 09/06/2007 07:21
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