Témoignages
Thalem ingénierie : une création issue de l'essaimage
Christel Manini
CV : Christel Manini, salariée d'EDF, est actuellement en congé création d'entreprise. Grâce au soutien de la cellule essaimage de son employeur, elle a créé en octobre 2002, un bureau d'études avec un de ses collègues. L'entreprise est actuellement installée dans une pépinière d'entreprises située à Rennes.
Interview :
Pourriez-vous définir brièvement l'activité de votre entreprise ?
Thalem ingénierie est un bureau d'études spécialisé en ingénierie des fluides du bâtiment. Notre activité consiste à concevoir des installations en électricité, thermique, ventilation et plomberie au sein d'équipes de maîtrise d''uvre. Notre clientèle est donc constituée d'architectes et de maîtres d'ouvrages publics ou privés.
C'est un métier que vous connaissiez bien ?
Pas vraiment' Mais ayant une formation d'ingénieur, j'étais attirée par ce type d'activité très technique. Par contre, mon associé - également ancien salarié d'EDF - connaissait bien ce métier l'ayant exercé auparavant pendant une dizaine d'années. Nous n'étions donc pas dans l'inconnu !
Quelle était votre activité au sein d'EDF ?
J'étais cadre de direction dans le domaine commercial-management, un domaine certes éloigné de l'activité de bureau d'études, mais qui m'a permis d'acquérir des compétences très variées et complémentaires de celles de mon associé, pour la direction de notre entreprise.
Comment vous est venue l'envie de créer votre propre entreprise ?
Deux facteurs ont influencé ma décision.
Le premier est d'ordre conjoncturel. EDF était à l'époque en période de restructuration, ce qui donnait naturellement lieu à d'importants mouvements de personnel.
Mon poste n'était pas menacé directement, mais les possibilités d'évolution au sein de l'entreprise devenaient incertaines. Pour retrouver un niveau de responsabilités équivalent ou supérieur à mes anciennes fonctions, il aurait fallu que j'accepte de partir travailler à Paris, ce qui, compte tenu de ma situation familiale, n'était pas envisageable pour moi.
Le deuxième facteur est d'ordre personnel. J'avais passé le cap des 30 ans et travaillais à EDF depuis une dizaine d'années déjà. C'était donc pour moi une période charnière de remise en cause et de redéfinition de mon projet personnel. Je ne me voyais pas salariée à vie dans une grande entreprise et ressentais le besoin de construire quelque chose.
Vous avez tout de suite pensé créer une entreprise ?
Non, au début je pensais plutôt à la reprise d'une entreprise existante. N'ayant pas de métier technique en main, cela me semblait plus adapté à ma situation. Ce qui m'intéressait, c'était surtout de diriger une entreprise, de gérer une équipe et ainsi de mettre à profit mes compétences « généralistes ».
Mon projet a ensuite évolué vers la création d'entreprise grâce à mon collègue Thierry Lemaire, qui se trouvait dans le même état d'esprit que moi et avait, lui aussi, envie de construire un projet. Nous avons alors eu l'idée de créer ce bureau d'études à partir de son expérience et de son savoir-faire.
Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de l'entreprise ?
Nous nous sommes répartis les rôles très naturellement en fonction de nos domaines de compétences : mon associé se consacre surtout à la « technique » et moi à la « gestion » et au « commercial ».
Mais, étant donné que pour le moment nous ne sommes que deux dans l'entreprise, il a bien fallu que je participe à la production. Avec l'aide de mon associé, je me suis donc lancée dans ce domaine que je ne maîtrisais pas encore. C'était un challenge... qui est réussi puisque nous sommes aujourd'hui reconnus et que notre carnet de commande s'étoffe de jour en jour.
Comment avez-vous connu le programme essaimage d'EDF ?
Très facilement, car je connaissais la personne qui est en charge de l'essaimage à Rennes. Nous discutions souvent de création d'entreprise. Je me suis donc tout naturellement tournée vers lui lorsque mon projet a pris forme. Mais de toute façon, les informations sur ce programme sont faciles à obtenir à partir du site intranet de l'entreprise.
Quel type d'aide avez-vous obtenu de votre employeur ?
Lorsque je me suis adressée à la cellule essaimage, nous avions, mon associé et moi, déjà bien avancé dans notre projet. Nous n'avions donc pas besoin d'une aide technique au montage du business-plan. Par contre nous avons trouvé auprès de la cellule essaimage une écoute et un regard extérieur qui ont été très importants pour nous. Notre correspondant a pris connaissance du projet, nous a posé un certain nombre de questions qui nous ont amenés à préciser ou revenir sur certains points de notre projet.
J'ai également obtenu une aide financière, sous forme d'avance remboursable (remboursable uniquement en cas de réintégration dans l'entreprise à l'issue du congé création) et d'un prêt complémentaire qui ont eu un effet de levier très important pour l'obtention d'un emprunt bancaire. En effet, la banque nous a suivis très facilement grâce à ce soutien.
Notre entreprise a enfin bénéficié de chèques conseils, qui nous permettent de faire appel à des professionnels pendant les 5 premières années d'activité, en fonction de nos besoins spécifiques. La première année, nous avons ainsi financé des actions de formations. La deuxième année, nous avons bénéficié de l'appui d'un expert comptable. Et cette année, étant donné que nous allons procéder à des recrutements, nous ferons appel à un conseil dans ce domaine.
Comment a été prise la décision de vous octroyer ces aides ?
Par un comité régional composé d'environ 6 personnes appartenant au personnel d'EDF, qui a validé mon projet. J'ai pu obtenir ces aides, ainsi qu'un congé création d'une durée de 5 ans, car je disposais de l'ancienneté requise dans l'entreprise pour en bénéficier. Cela n'a, par contre, pas été possible pour mon associé qui ne remplissait pas ces conditions.
Avez-vous aujourd'hui des relations commerciales avec votre employeur ?
Oui, mais elles n'entrent pas dans le cadre de notre convention d'essaimage. Nous avons fait des démarches auprès des services qui pouvaient être intéressés par nos prestations et avons obtenu quelques contrats' et cela sans passe-droit particulier.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
La plus grande difficulté que nous avons rencontrée c'est l'isolement. Et nous n'étions pas vraiment préparés psychologiquement à ça. Au sein d'EDF, nous faisions partie d'un groupe, nous avions sans cesse des relations de travail avec d'autres salariés, dans le cadre de réunions ou de travaux en équipe, nous étions constamment sollicités, bref nous avions l'impression « d'exister ».
Lorsque nous nous sommes retrouvés, au démarrage de notre entreprise, à deux dans un bureau, sans appels téléphoniques, sans courriers autres qu'administratifs, cela a été très difficile à vivre ; nous avions l'impression de ne plus rien apporter aux autres'
Est-ce pour cette raison que vous avez rejoint une pépinière d'entreprises ?
En partie oui. Au sein de la pépinière, nous avons trouvé une ambiance d'entreprise, avec des créateurs qui étaient dans la même problématique que nous, avec les mêmes états d'âme. Cela nous a permis de communiquer avec d'autres entrepreneurs et de bénéficier de l'expérience et du réseau relationnel de l'équipe d'animation de la pépinière.
Conservez-vous aujourd'hui des relations avec la cellule essaimage ?
Oui, nous avons des contacts réguliers et nous faisons un point chaque année avec le chargé d'affaires qui nous suit.
Et si c'était à refaire ?
Je referais la même chose' sans hésitation !
Aujourd'hui, après 2 ans et demie d'activité, nous commençons à avoir une certaine clientèle, un bon carnet de commande, qu'il faut maintenant assurer' Nous avons donc des projets de développement avec un projet de recrutement à court terme. Tout cela est passionnant et très motivant.
Propos recueillis en janvier 2005 par Laurence Piganeau
Pour en savoir plus sur l'essaimage : voir interview de Patrice Simounet "Qu'est-ce que l'essaimage ?"
01/02/2005

























