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Simplon.co, fabrique sociale et solidaire de développeurs et entrepreneurs digitaux

Frédéric Bardeau Frédéric Bardeau
http://www.simplon.co

CV : Frédéric Bardeau est co-fondateur de Simplon.co et intervenant au CELSA.

Interview :

Pouvez-vous présenter le concept de Simplon.co ?

Simplon.co est une fabrique accélérée de développeurs d'applications web/mobile et d'entrepreneurs digitaux, située à Montreuil. Concept inédit en France, Simplon.co forme en 6 mois des jeunes issus de quartiers populaires, de milieux modestes ou de la diversité, et des porteurs de projets liés à l'éducation, à l'intérêt général et à l'ESS. Simplon.co rémunère la formation des personnes dont la situation financière peut s'avérer bloquante, soit directement en les embauchant ou en leur attribuant des bourses, soit au travers d'entreprises qui les embauchent en contrat de professionnalisation ou les parrainent dans le cadre d'un mécénat.

Comment est né votre projet ? Comment l'avez-vous financé ?

C'est un concept qui est né et s'est développé aux Etats-Unis sous la forme de "bootcamps" mais que nous avons modifié dans son format (plus long, rémunéré versus payant et tourné vers des jeunes décrocheurs ou défavorisés) et adapté à la France. Simplon.co est une entreprise lancée sur fonds propres de ses fondateurs. Le Réseau Entreprendre 93 et Initiatives 93 nous soutiennent via des prêts d'honneur et des prêts NACRE mais notre "business modèle" n'inclut pas de subventions publiques.

Vous êtes 4 co-fondateurs. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

C'est une belle histoire, très cohérente avec ce que nous faisons maintenant ensemble, l'histoire d'une convergence inéluctable qui un jour prend tout son sens. Erwan et Victor étaient à l'école ensemble, Erwan et Andrei se sont ensuite rencontrés au CELSA, la grande école publique de communication qui dépend de Paris IV Sorbonne. C'est à eux trois que l'on doit l'idée de Simplon.co. Au fur et à mesure de leur parcours professionnel, en tant que consultants digitaux et de développeurs, ces 3 passionnés d'éducation qui voulaient monter ensemble un jour une start-up, ont fini par faire la synthèse de leurs compétences et de leurs envies. Ils ont formulé le projet d'adapter, en France, le format d'apprentissage accéléré de la programmation en Ruby qui existait aux Etats-Unis, en l'ouvrant prioritairement aux défavorisés et aux porteurs de projets ESS. Face à l'ambition du projet, notamment économique, et à sa complexité, ils ont eu l'idée de faire appel à un de leurs anciens professeurs du CELSA – moi – passionné comme eux par Internet et l'éducation, et par ailleurs entrepreneur multirécidiviste. Il y a 6 mois, ils m'ont donc présenté leur idée et je leur ai très rapidement dit que j'allais tout mettre en œuvre pour que cela devienne "vrai" le plus vite possible...

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Le concept de Simplon.co se rapproche donc de celui des écoles américaines comme celui du Dev Bootcamp ou du Startup Institute aux Etats-Unis ?


Oui et non. Nous nous inscrivons dans le même mouvement, celui de la démocratisation de l'apprentissage de la programmation et de la création d'entreprises numériques. En revanche, nous y ajoutons un volet social et ESS très fort en rémunérant les stagiaires, en accompagnant gracieusement ou en finançant les projets ESS et ce sans prendre de participations dans les entreprises créées. Ça c'est vraiment inédit !

Pouvez-vous nous  parler de la dimension solidaire de Simplon.co ?

Simplon.co est une entreprise sociale et solidaire à 3 niveaux. Tout d'abord, au niveau de son fonctionnement, les statuts de l'entreprise prévoient l'encadrement de la lucrativité (écarts de salaires limités, réinvestissement systématique, pas de cotation), une gouvernance démocratique (président élu par les salariés) et une vocation faisant converger impact sociétal et viabilité économique. Ensuite, les recrues qui sont rémunérées pour faire la formation longue de 6 mois sont prioritairement des jeunes issus des quartiers populaires, de la diversité et de milieux modestes. Dernier point, les projets qui sont abordés pendant la formation sont principalement orientés vers des applications liées à l'éducation, à l'ESS et donc au service de l'intérêt général ! Ces projets sont portés par les "Simploniens" eux-mêmes ou sont soumis à la promotion par des ONG, des associations ou des entreprises sociales et solidaires.

Pouvez-vous donner quelques exemples de projets ?

Les populations issues de la diversité, les migrants, les jeunes sans emploi des quartiers populaires ou de milieux modestes, les décrocheurs, les jeunes femmes ou les mères célibataires vivent dans des conditions spécifiques et parfois difficiles, et sont souvent éloignés du numérique, pas forcément en termes d'équipement mais surtout en termes d'usages. Ces publics ont, de ce fait, moins de possibilités de se servir du numérique pour trouver un job, créer leur entreprise et changer leurs vies et celles de leurs proches. Leurs projets ne sont pas tous tournés vers l'intérêt général, l'ESS ou l'éducation, mais ils sont toujours différents par nature. Pour citer quelques exemples, nous avons une jeune femme qui veut monter un réseau social en lien avec la communauté malienne de Montreuil. Une autre jeune femme, identifiée par l'Adie et son programme Créajeunes, veut organiser du e-commerce de produits africains entre les pays d'origines et les communautés d'immigrés en France, pour créer de la valeur des deux côtés. Mais nous avons aussi des projets de sites de rencontres, de captation audio et vidéo dans le mobilier urbain, de services aux étudiants ou aux expatriés, un jeu vidéo immersif basé sur l'univers manga, un portail consacré aux anciennes séries télévisées, un site pour les entrepreneurs africains, une application pour les restaurants, un site pour inciter les gens à donner leur sang...

Quels sont vos partenaires ?

Nous travaillons avec des partenaires financiers, des entreprises principalement, des mécènes en compétences (entreprises high-tech, cabinets de recrutement, incubateurs), des collectivités et des associations (facilitateurs, relais de recrutement des jeunes). Nos clients sont des particuliers (porteurs de projets, salariés utilisant leur DIF ou le dispositif de période de professionnalisation) ou des organisations publiques, privées ou associatives. Certaines sont sponsors, mécènes ou embauchent nos "développeurs-entrepreneurs" en contrat de professionnalisation.

Quelles seront les prochaines étapes de votre développement ? Comment allez-vous les financer ?

Nous voulons démontrer à Montreuil que notre format est viable, pérenne, puissant et "clonable" ailleurs en Ile-de-France, en province et à l'étranger et donc très clairement nous cherchons des mécènes et des sponsors financiers, des clients et des employeurs pour financer la formation de nos recrues et nos coûts fixes (loyer du local, fibre, 5 salaires). Nous sommes en discussion avancée avec des grands comptes, des ETI, des PME plutôt liées au secteur high-tech ou des entreprises qui cherchent à monter en compétences sur les applications web, des SSII qui cherchent des développeurs opérationnels, et enfin des structures ESS ou associatives qui veulent intégrer le digital au cœur de leurs stratégies. Nous avons bon espoir de financer notre première promotion de 24 recrues à la fin du mois de septembre pour démarrer en octobre comme prévu. Si ce n'est pas le cas, nous ferons une première promotion plus réduite.

Quelle est l'articulation avec l'association "Les Compagnons du développement" ?

D'emblée, nous avons fait le choix de monter une SAS et d'en organiser le fonctionnement pour être dans le champ de l'ESS, mais nos discussions, tant avec les entreprises qu'avec leurs fondations, les collectivités et les associations, nous ont fait prendre conscience qu'il fallait également, comme c'est souvent le cas dans les logiques d'insertion, un véhicule "lucratif" (mais social) et un véhicule d'intérêt général (non lucratif). Nous avons donc créé, avec les conseils d'une avocate spécialisée dans ses questions, une association dont l'objet et les dirigeants sont différents de ceux de Simplon.co, ne possédant pas de liens ou de flux financiers croisés avec la SAS mais dont l'action converge avec la mission que nous nous sommes fixée, à savoir démocratiser l'apprentissage de la programmation informatique à des fins d'insertion, d'emploi, de création d'entreprise et plus globalement "d'empowerment" (1).

Vous appelez les stagiaires des "développeurs-entrepreneurs". Quel est le profil des personnes retenues pour suivre la formation Simplon.co ?

Les personnes sont formées aux 2 métiers – programmer et créer une start-up digitale autour d'une application. Le plus souvent, les recrues sont soit des personnes voulant se former pour être employable rapidement dans des métiers et des entreprises en croissance, soit des porteurs de projet désirant intégrer une compétence clé dans la réussite de leur idée. C'est cette pluralité de projets, parfois même chez un même individu, mais le plus souvent entre les "développeurs en herbe", qui est intéressante, riche et génératrice de projets et d'emplois.

Des entreprises ont-elles déjà manifesté un intérêt pour vos services ?

Intel Software, Norsys, faberNovel ont été les premières.  De grands éditeurs de logiciels américains ou allemands et des opérateurs de téléphonie mobile sont également très intéressés. Des PME et des startups vont également embaucher certaines de nos recrues en contrat de professionnalisation. Nous pourrons annoncer des choses à la rentrée mais pour l'instant ce ne serait pas raisonnable.

Journées portes ouvertes, summercamp, formation longue… Quelles sont les différentes possibilités d'accéder à l'offre Simplon.co ?


Tout est possible selon sa motivation, le temps et surtout les ressources financières dont on dispose. Cet été nous faisons des formations courtes, gratuites pour les chômeurs et les personnes en situation précaire, payantes pour les salariés et les porteurs de projets déjà plus avancés : c'est le "summercamp". Ensuite, dès octobre, la formation longue de 6 mois va débuter pour des jeunes des quartiers et des porteurs de projets ESS. Enfin, certaines formations sur mesure, des événements ponctuels, des ateliers, permettent de découvrir la programmation, que l'on soit cadre, consultant ou développeur déjà confirmé. Par ailleurs, Les Compagnons du DEV proposent des ateliers de 3 heures de programmation et de robotique pour les enfants de 7-10 ans (WeDoo) et pour ceux de10-13 ans (LEGO Mindstorms).

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Comment financerez-vous les projets ESS ?

Les projets ESS seront financés selon les mêmes modalités que le sont les formations des "Simploniens" : soit directement par Simplon.co ou Les Compagnons du DEV, notamment  au travers de bourses, soit via les partenaires et mécènes qui auront eu un coup de cœur pour un projet et le rendront possible.

Stéphane Distingin, le président de faberNovel, soutient votre projet (2) . Il estime important de donner accès à la programmation, maintenant, à ceux qui n'ont pas eu la chance de commencer "avant". Pourquoi cette compétence est-elle si importante aujourd'hui pour les entreprises ?

Le code est partout et ce n'est que le début du phénomène. Dans nos ordinateurs bien entendu, dans nos téléphones qui sont désormais plus puissants que les ordinateurs que nous utilisions il y a quelques années mais également dans nos voitures, nos frigos et nos objets du quotidien. Pour comprendre, inventer, utiliser intelligemment, produire, commercialiser tous ces objets connectés, maitriser les usages qui leurs sont liés : tout le monde doit comprendre comment ça marche. Le code et la programmation sont une langue comme l'anglais ou le latin, l'apprendre permet des choses différentes de celles que l'on peut faire quand on ne les connait pas, c'est un plus, et pas seulement pour les développeurs ou futurs développeurs. Les enfants, les adultes, tous les professionnels, quels que soient leurs secteurs ou leurs métiers, auront un avantage déterminant pour leur avenir, leur liberté, leur potentiel, leur compétitivité s'ils comprennent les enjeux liés au code et aux logiciels et applications qui forment le monde dans lequel nous vivons.

Pourquoi "Simplon" ?

Comme cela arrive souvent, il s'agit d'un nom de code que l'on donnait au projet avant qu'il soit une entreprise, car nous en discutions très fréquemment dans un petit appartement du 18ème arrondissement de Paris, au métro Simplon. Nous disions "on se retrouve à Simplon" puis c'est devenu "on parle du projet Simplon" et au final c'est devenu "on parle de Simplon". Donc quand le moment de l'immatriculation au greffe est venu, il a fallu choisir un nom et une raison sociale et après quelques jours de réflexion nous sommes tombés d'accord : ce projet avait déjà un nom. C'était "Simplon.co". Ce n'est que bien après que nous nous sommes rendus compte, souvent en discutant avec des clients ou des partenaires, que ce nom évoquait également "Simple-On" ("Internet facile") et qu'il s'agissait également d'un col dans les Alpes où passait l'Orient-Express qui partait de Paris...

 

Propos recueillis en juillet 2013 par Catherine Sid

 

(1)   Empowerment : processus qui permet aux individus de prendre conscience de leur capacité d'agir et d'accéder à plus de pouvoir. (L'empowerment, nouvel horizon de la politique de ville – Syvia Zappi - Le Monde – 07/02/2013)

(2) Interview de Stéphane Distingin

23/07/2013


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