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Construire son business plan social : spécificités

Photo de Claire Marenco Claire Marenco
http://www.atelier-idf.org

CV : Historienne de formation, Claire Marenco travaille depuis 12 ans dans des structures ayant pour but le développement local. Au fil de ses expériences, elle a développé une véritable expertise dans la structuration d'un projet, qu'il soit associatif ou à la croisée des politiques publiques. Elle évolue dans des éco-systèmes complexes et amène les parties prenantes à porter un projet commun les satisfaisant. Claire soutient et encourage les actions qui permettent aux personnes de retrouver le pouvoir d'agir : culture, éducation populaire, animation créative, prospective, empowerment et bien sûr économie sociale et solidaire.

Interview :

Qu'est ce qu'entreprendre dans l'économie sociale et solidaire ?

Entreprendre dans l'économie sociale et solidaire, c'est d'abord entreprendre. Ainsi un entrepreneur social se caractérise par son esprit d'initiative, sa prise de risque économique, les innovations qu'il va développer, et la recherche de modèles économiques viables, mais il va mettre ces qualités et compétences au service d'un projet à fort potentiel social.
C'est aussi donner du sens à son propre travail. Lorsqu'on crée une entreprise de l'ESS, on a à cœur d'apporter des solutions très concrètes à des problématiques sociales ou environnementales. Les ressourceries ou les entreprises d'insertion ont par exemple un impact très positif sur leur territoire (en termes de réduction des déchets ou de création d'emploi pour des personnes en difficultés).
Etre entrepreneur dans l'économie sociale et solidaire c'est aussi envisager l'entreprise différemment. La gouvernance des entreprises de l'ESS est souvent basée sur la prise de décision collective et démocratique. L'exemple des Scop (sociétés coopératives et participatives) illustre parfaitement ce principe.
Le partage des bénéfices est lui aussi très spécifique dans l'ESS. Ils ne sont pas redistribués à des actionnaires qui ne pensent qu'à leurs dividendes mais sont réinvestis dans l'entreprise ou distribués aux salariés.

Quelles sont les spécificités d'un projet de création d'entreprise solidaire, d'entreprise sociale ?

C'est un projet qui met l'économique au service du social. Quand on entreprend dans l'ESS, on doit  à la fois maîtriser les outils classiques de création et de développement d'entreprise (gestion, management, marketing, etc.) et tenir compte des spécificités de son territoire, des différents besoins sociaux ou encore des contraintes environnementales. Pour résumer, il faut trouver le bon modèle économique pour pouvoir atteindre ses objectifs sociaux.
Entreprendre dans l'ESS c'est également savoir hybrider ses ressources : mixer auto-financement, subventions et pourquoi pas aides financières privées.

Qu'est ce qu'un business plan social ?

Comme pour les entreprises "classiques", le business plan est incontournable dans la création d'une activité d'ESS. Tant que l'idée reste dans la tête du porteur de projet, ce n'est pas encore un projet. Passer à la mise par écrit de son idée et envisager le chiffrage de sa mise en œuvre sont des étapes cruciales. C'est le business plan social qui va permettre cette formalisation. Il offre la possibilité à l'entrepreneur d'analyser et structurer son projet avec précision, d'identifier toutes les alternatives, d'anticiper les obstacles et de trouver les moyens pour les surmonter. La différence avec un business plan classique est que les différentes étapes sont à décliner pour les objectifs sociaux, en plus des objectifs économiques.

Comment construit-on un business plan social ?

La structuration va être la même que pour un business plan classique, mais le volet social sera à faire apparaître à chaque étape, ou en tout cas là où c'est le plus pertinent.
Quand l'entrepreneur expose sa vision, ses missions, ses valeurs, il doit faire ressortir les finalités sociales de son projet.
En ce qui concerne l'analyse de l'opportunité, les besoins sociaux non satisfaits auxquels le projet répond peuvent être mis en avant autant qu'une analyse des "concurrents". La notion de futurs clients peut être affinée par celle de futurs bénéficiaires de l'activité.
Le créateur d'activité doit aussi développer sa stratégie générale et son modèle économique. Il faut expliquer comment le projet sera réalisé : quel plan de production, quelle stratégie marketing et quelle organisation ? Ici encore l'ESS propose des spécificités : production en lien avec des agricultures de pays du Sud organisés en coopérative pour une entreprise de commerce équitable, une stratégie de communication basée sur le bouche à oreille et l'implication dans la fête de quartier pour une association qui propose de nouveaux services locaux aux jeunes, une organisation démocratique du travail au sein d'une Scop, etc.
Comme le business plan classique, le business plan social doit comprendre un plan opérationnel et des prévisions financières. Il doit détailler les principales actions qui seront menées sur les trois prochaines années et le plan de lancement du projet la première année. C'est là que doit être présenté le modèle de financement du projet.
Enfin, l'entrepreneur doit déterminer les indicateurs qui lui permettront d'évaluer l'impact social de son activité. En choisissant des indicateurs pertinents et faciles à renseigner dès la première année d'activité.

Comment mener son étude de marché ?

Quand on crée une activité, on étudie ses concurrents. Dans l'économie sociale et solidaire, c'est la coopération qui est privilégiée plutôt que la concurrence.
Évidemment on ne peut pas faire l'impasse sur une étude de marché traditionnelle, mais on peut la conduire dans un esprit de synergie et de complémentarités. Il ne faut pas hésiter à aller à la rencontre d'autres projets similaires. Faites le plein d'inspiration auprès d'entrepreneurs innovants. Pour repérer des projets, il existe des réseaux du secteur d'activité sur lequel veut se lancer l'entrepreneur. Environnement, commerce équitable, santé, insertion : des réseaux et fédérations regroupent des entrepreneurs débutants et confirmés et organisent souvent des échanges d'expériences.

Quels sont les réseaux d'accompagnement dédiés à l'économie sociale et solidaire ?

LL'Atelier propose un service de diagnostic pour des projets d'ESS, puis nous orientons les futurs créateurs d'activité vers les réseaux professionnels et sectoriels en fonction de leur projet et leurs besoins. Nous leur proposons également des speed-dating qui leur permettront de muscler leur réseau professionnel.
L'entrepreneur est intéressé par les coopératives ? Nous lui conseillons de s'adresser à l'Union régionale des Scop (Urscop) qui organise elle-même des rencontres d'information et de sensibilisation sur le modèle coopératif.
Le porteur de projet envisage de créer une entreprise d'insertion ? L'Union régionale des entreprises d'insertion (UREI) ou le Coorace, qui sont des réseaux de l'insertion, pourront répondre à ses questions.
Des questions sur le commerce équitable ? La Plate-forme pour le commerce équitable sera une source d'informations intéressantes pour le porteur de projet. Il existe de nombreux réseaux professionnels de ce type dans toute la France.

Une fois que le porteur de projet y voit plus clair, il peut se tourner vers des structures du type boutiques de gestion, pépinières, coopératives d'activités et d'emploi (CAE) qui accompagneront l'entrepreneur dans la structuration de son projet et la recherche de financement. Certaines peuvent lui permettre de tester son activité dans un environnement coopératif. Il existe des structures parfaitement adaptées aux projets d'ESS : couveuse d'activités sociales et solidaires (comme Idees ou Epiceas en région parisienne). Les CAE permettent quant à elles à des entrepreneurs individuels de créer leur activité en toute sécurité au sein d'une coopérative. L'entrepreneur devient entrepreneur-salarié de la coopérative et bénéficie d'un soutien - notamment administratif - de la part de la CAE.L'entrepreneur qui veut rejoindre un incubateur social pourra se tourner vers Antropia, la structure développée par l'Essec qui offre à la fois un accompagnement stratégique, un soutien technique et une mise en réseau avec des partenaires financiers et institutionnels et d'autres entrepreneurs.
Il existe également des lieux de co-working comme la Ruche, ICI Montreuil ou encore Coworking 78. Ils proposent des espaces de travail mutualisés et favorisent la collaboration, l'échange d'idées autour de l'innovation sociale et environnementale pour des entrepreneurs franciliens.
Pour des entreprises qui ont déjà un emploi et se confrontent à l'enjeu de la pérennisation et de développement de leur activité, les Dispositifs locaux d'accompagnement (DLA) sont des structures d'appui dédiés à l'ESS dans tous les départements.

Y-a-t-il des aides financières dédiées à l'économie sociale et solidaire ?

Les entreprises de l'économie sociale et solidaire ont des besoins financiers classiques - pour l'aide au démarrage, pour des investissements, pour couvrir les besoins de trésorerie - mais le projet social est une caractéristique très spécifique aux projets d'ESS.
En effet, ces entreprises ne privilégient pas la rentabilité, ce qui peut décourager certains financeurs classiques à la recherche d'un retour rapide sur investissement. Elles investissent parfois des marchés nouveaux, faisant preuve d'innovation, mais cela ne rassure pas toujours les investisseurs. Elles ont parfois des modèles économiques spécifiques, basés notamment sur des ressources mixtes.
Les financeurs solidaires sont là pour financer ce type de projet : ils sont intéressés par l'objet social, peuvent prendre des risques et connaissent les spécificités de l'entrepreneuriat dans l'ESS. Encore plus que pour les entreprises traditionnelles, monter un tour de table pour une entreprise de l'économie sociale et solidaire est un exercice d'animation : les collectivités locales, les financeurs solidaires comme France Active, les Cigales ou la Nef et les financeurs classiques, notamment bancaires, ont chacun leur rôle à jouer.

Vous êtes implantés et vous agissez en Ile-de-France. Connaissez-vous d'autres réseaux régionaux portant les valeurs de l'économie sociale et solidaire comme vous ?

Les Chambres régionales de l'économie sociale et solidaire (Cress) peuvent être une bonne porte d'entrée pour les porteurs de projet. Elles ont une bonne connaissance des réseaux de l'ESS sur leur territoire.  En Ile-de-France la Cress s'est associée au Conseil régional pour la création de l'Atelier. Il existe également d'autres structures régionales, qui comme l'Atelier, appuient les entrepreneurs. C'est le cas de l'Adress en Haute-Normandie. Des régions accueillent même des écoles spécifiquement dédiées à l'ESS. L'Ecole de l'entrepreneuriat en économie sociale à Montpellier en est le précurseur.

Quels conseils donnez-vous aux porteurs de projet qui souhaitent entreprendre en économie sociale et solidaire ?

Il faut être prêt à relever de nombreux défis car se lancer l'ESS c'est mettre son envie et ses compétences au service d'un projet collectif, pour construire une entreprise économiquement viable et socialement innovante.
Pour y parvenir, il est nécessaire d'être en phase avec les réalités de son territoire. Un projet d'ESS doit être ancré localement. Le porteur de projet doit préférer la coopération à la compétition. Une entreprise d'ESS ne peut être viable si elle n'est pas dans une logique de partenariats avec les acteurs économiques de son territoire, et pour beaucoup les orientations des collectivités territoriales.
Un conseil avant tout : s'entourer dès le stade de l'idée, car plus le projet résonne au niveau partenarial, et plus il s'appuie sur les compétences des réseaux d'accompagnement, plus il a de chance de bien démarrer et mieux se développer.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles le porteur de projet peut faire face lors de la création d'une entreprise sociale ?

Le principal défi à relever est de savoir gérer la complexité. En ESS, il faut non seulement maîtriser les outils traditionnels de gestion et de développement mais aussi les contraintes liées au projet social de l'entreprise.
Il faut aussi faire preuve de patience et de ténacité. Le plan de développement d'une entreprise d'ESS est plus long que pour une entreprise classique : il faut en général tabler sur 5 ans quand le plan de développement d'une entreprise traditionnelle s'étale sur 3 ans.
L'exemple du commerce équitable est assez parlant. En général les porteurs de projet de ce secteur ne se contentent pas d'ouvrir une boutique. Ils bâtissent une filière allant du producteur au point de vente. On comprend bien pourquoi les délais sont bien plus longs !

Propos recueillis en juin 2013

 

01/04/2013


Merci
Très intéressant et instructif !
Posté par GOFFART, 31/07/2012 14:27
© Agence Pour la Création d'Entreprises (APCE)