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Comment revitaliser les zones rurales ? L'exemple d'Isomir

Photo de Alain Audubert Alain Audubert
http://www.adie.org

CV : Agronome de formation, ingénieur en chef du génie rural des eaux et forêts, titulaire d'un MBA de l'Université Cornell (USA), Alain Audubert a consacré sa vie professionnelle au développement de produits industriels (génétique animale, vaccins humains, produits pharmaceutiques) et à la croissance internationale des entreprises.
En parallèle à son activité professionnelle, son goût de la création économique l'a amené, il y a une dizaine d'années, à se rapprocher de l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique), premier opérateur européen de microcrédit.
Il est aujourd'hui administrateur et membre du bureau de l'Adie et consacre un temps important aux actions de revitalisation des zones rurales développées par cette dernière.
Il est Président d'Isomir, société par actions simplifiée à capital variable et à statut solidaire.

Interview :

Comment est né le projet Isomir ?

Conceptualisé à l'Adie et co-développé étroitement avec la Fédération nationale des Cuma (FNCUMA), Isomir résulte du croisement d'une opportunité de marché et d'un problème décelé dans les zones rurales.
Lorsque j'ai rejoint le Conseil d'administration de l'Adie en 2006, Maria Nowak, sa Présidente, m'a demandé de l'aider à relancer l'activité de l'Adie dans les zones rurales où la précarité est malheureusement aussi forte, voire plus forte que dans les quartiers.
Notre première action a été d'adapter son offre aux spécificités de ces zones à faible densité de population en mettant en œuvre, en 2006, un programme "d'antennes Adie mobiles". Cela consistait à aller à la rencontre de personnes n'ayant pas les moyens de se déplacer, pour les aider et les accompagner dans la création de leur propre emploi. Nous avons ainsi tenu des permanences sur les marchés, dans les foires locales, dans les mairies, …

Cela a très bien fonctionné !

Oui, et nous en avons retiré un certain nombre d'enseignements. L'un d'entre-eux est qu'il y a encore dans ces zones des petits producteurs agricoles qui se battent pour survivre mais qui ne sont plus compétitifs en tant que fournisseurs d'entreprises industrielles soumises à la concurrence internationale.
Il est évident, lorsque l'on se préoccupe d'aménagement et de développement rural, que trouver un moyen de les maintenir en activité sur place de façon pérenne avec un revenu décent présente des avantages indéniables sur la plan social, économique et environnemental. Rappelons qu'un chômeur coûte en moyenne 14 000 € par an à la collectivité !

Ces producteurs ne correspondent cependant pas aux cibles habituelles de l'Adie ?

Effectivement, le micro-crédit étant plafonné par la loi à 6 000 euros, l'Adie ne peut aider ces exploitants en direct.
Il fallait donc imaginer un nouveau "modèle d'affaires" de transformation agro-alimentaire,  leur permettant de recapturer une partie de la chaîne de valeur. C'est l'objectif du projet Isomir (qui signifie "Industrialisation solidaire en milieu rural").
Naturellement, on ne nous avait pas attendus pour agir et des avancées importantes ont été réalisées grâce notamment aux chambres d'agriculture, aux Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), à la FNCUMA, à la FNCIVAM, et à de multiples  organismes comme par exemple le  réseau des jardins de Cocagne, à la mise en place de marchés de producteurs, ... trop nombreux pour être tous nommés.
On constate en effet en France un développement rapide et conséquent de la commercialisation "en circuit court", dont l'objectif est de mettre le consommateur en relation directe avec le producteur.
Mais personne ne s'était posé la question de l'outil industriel correspondant. Pour être un acteur durable et reconquérir une partie de la chaine de la valeur il faut être concurrentiel tout en  respectant les normes sanitaires.

D'où l'idée d'Isomir ?

Oui, Isomir constitue ce chaînon manquant dans le développement des circuits courts.
Un problème était soulevé (comment maintenir en activité de façon rentable des petites exploitations ?) et nous étions en présence d'une véritable opportunité de marché. En effet, l'évolution des modes de consommation alimentaire se traduit par des exigences croissantes sur la qualité des produits (le "bio"), sur leur authenticité, sur la connaissance de leur origine. Les gens aspirent à une alimentation plus saine et plus sûre et c'est ce qui fait le succès des modes de distribution à circuit court, qui représentent une part croissante des emplois agricoles. Mais il fallait un outil industriel adapté en taille, en coût et qui réponde aux normes sanitaires.

En quoi cela consiste-t-il concrètement ?

Isomir  propose à des exploitants agricoles individuels et à des collectifs de 5 à 20 personnes (existants ou à créer), ou aussi à des artisans traiteurs et autres, une offre "3 en 1" :
- des ateliers modulaires de transformation "clés en main aux normes sanitaires", individuels ou collectifs, développés en concertation avec le Ministère de l'Agriculture,
- des conseils et des services, et notamment la formation "ab initio" règlementaire, l'assistance technique "in situ", des ateliers "meilleures pratiques", le conseil marketing produit, la veille règlementaire….
- une contribution financière aux capitaux permanents (20% des apports à ce titre),
le tout  à un coût sensiblement moins cher que les solutions classiques actuellement proposées sur le marché, grâce à la standardisation des modules.
Ces modules innovants ont été mis au point techniquement avec l'Ingénierie 3MS, avec qui Isomir a un partenariat étroit.
L'originalité d'Isomir tient dans le fait que les installations, les procédures et les circuits ont pré-discuté avec le Ministère de l'Agriculture, ce qui permet d'obtenir la certification sanitaire d'entrée de jeu et dans des délais très courts.

Quelles sont les activités concernées par ces "micro-usines" ?

Les modules pour la découpe de viande  bovine et porcine, l'abattage de volailles, les salaisons, la cuisine et conserverie, et la transformation des fruits et légumes sont disponibles à la vente. La transformation du lait et les préparations "quatrième gamme légumes" sont en cours de finition… La liste n'est pas limitative !

Quels impacts sociaux attendez-vous de ce projet ?

Les impacts sociaux représentent le fondement même d'Isomir. Ils interviennent à plusieurs niveaux.
En premier lieu au niveau des producteurs qui ont tout à y gagner : tout d'abord, une amélioration des revenus nets d'au moins 35% en fonction des activités, l'acquisition de nouvelles compétences, l'intégration d'un réseau de professionnels avec qui ils pourront échanger sur leurs pratiques, la valorisation de leur travail par le contact humain avec le consommateur, la garantie de respecter les normes en vigueur. Nous nous sommes en effet assurés, avant de lancer ce projet  avec l'aide de la FNCUMA, de la rentabilité de l'opération pour les exploitants.

Mais il y a également d'autres impacts se situant :
- au niveau du consommateur, qui manifeste un besoin d'authenticité, besoin d'accéder à une alimentation de qualité et de connaître l'origine des produits (notamment bovins),
- au niveau du territoire, par le maintien du tissu rural et le développement local lié à la création d'emplois (les exploitations auront besoin d'une nouvelle main-d'œuvre), l'installation de jeunes agriculteurs, le maintien des traditions régionales, …
- et au niveau de l'environnement, du fait de la préservation de la biodiversité (races rustiques) et des économies d'énergie réalisées. En effet, les frais de transport sont très significativement réduits par rapport aux modes prédominants de commerce.

Un beau projet ! A quel stade en êtes-vous aujourd'hui ?

Nous disposons de plans-types de constructions de différents ateliers modulaires pré-validés par le DGAL du Ministère de l'Alimentation. 3MS fournit leur installation "clef en mains", en prenant en charge l'ingénierie, le permis de construire, la réception des installations, la qualification, l'agrément, et la formation initiale des personnes. Cela ramène de 2 ans à 6 mois les délais de mise en œuvre par rapport à une situation traditionnelle… avec l'impact correspondant au niveau des revenus de l'exploitant !
En échange, ce dernier supporte des frais de dossier très modestes destinés à couvrir nos charges.
Ensuite, nous accompagnerons les exploitants, moyennant une contribution mensuelle également très modeste, en leur assurant des prestations de veille réglementaire, de formation aux règles de sécurité du travail, de conseil marketing, packaging et distribution.

Comment les exploitants financent-ils ces ateliers ?

Isomir  peut co-investir jusqu'à 20 % des capitaux permanents du montage. Le solde est financé par les organismes bancaires classiques sous forme de prêt.

Vous avez de nombreux projets en cours ?

A ce jour, une vingtaine de projets sont identifiés. Ils correspondent :
- soit à des extensions d'activités,
- soit à un souhait d'internaliser la production : des collectifs, qui font aujourd'hui fabriquer leurs produits à façon à l'extérieur et qui, n'étant pas satisfaits en termes de qualité, de suivi et de coût, vont investir dans leur propre outil.
Notre ambition pour les 5 ans à venir est de réaliser une soixantaine d'ateliers collectifs, ce qui représente entre 600 et 1 000 emplois.
Nous souhaitons également, en complément, proposer aux acquéreurs de ces ateliers une plateforme de services assurés par des équipes spécialisées et en premier lieu dans l'abattage et la découpe professionnelle, … Ces équipes pourront assurer par exemple la première découpe des carcasses, laissant à l'exploitant le soin de réaliser la découpe fine, la mise en barquette, le filmage, l'étiquetage, le code barre et la commercialisation.

Quelle est la forme juridique d'Isomir et comment avez-vous monté ce projet ?

Isomir est un fonds d'investissement au capital initial de 400 000 euros, qui prend la forme juridique d'une SAS à capital variable et à statut solidaire.
Ce projet a été réalisé avec le soutien  de la  Fédération nationale des Cuma, qui bénéficie d'une longue expérience dans le montage de collectifs. Il existe en effet aujourd'hui 70 Cuma de transformation en France, la plus ancienne ayant une vingtaine d'années.
Participent financièrement à son capital l'Adie, le groupe Danone (FCPR Danone Communities), le groupe  Natixis via le FCPR Phi-Trust, le groupe Crédit Coopératif (ECOFI), la Caisse des dépôts et consignations via l'Adie, et enfin Mr Yves Roucaud et moi-même en tant qu'investisseurs sociaux privés ; nous intervenons tous les deux à titre bénévole dans le développement d'Isomir.

Comment peut-on vous contacter ?

 C'est facile !
- Mélanie Nowik : 01 44 17 58 00 - isomir@ymail.com
- Laurent Sidobre : 06 67 17 73 35 - laurent.sidobre@3m-services.fr


Propos recueillis en mai 2010 par Laurence Piganeau

 

10/06/2010


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